‹ Jacques Coitier: Médecin de Louis XIChapitre 10 sur 14 · IV. — Les bénéfices du médecin du Roy · texte numérisé non relu

IV. — Les bénéfices du médecin du Roy

Coitier demanda pour les autres, mais surtout pour luimême. Pendant les sept années qu'il resta auprès de Louis XI, Coitier reçut de son royal client un grand nombre de bénéfices ; les richesses suivaient les honneurs.

Comme il était bourguignon (Comté de Bourgogne) et par conséquent étranger au royaume de France, il n2 pouvait

posséder aucuns biens, ni en disposer à son gré, sans un di-

plôme royal spécial. Aussi, dès le mois d'août 1473, se fit-il expédier des lettres de naturalisation, dont voici le texte (4) :

Loys XI, par la grâce: de Dieu, Roy de France. Savoir faisons à tous, présent et avenir. Nous avons receue l’umble Supplicacion de nostre ami et feal conseillier et médecin ordinaire, maistres Jacques de Coitier, escuisr, docteur en médecine, natif de Poligny, au comté de Bourgogne, contenant qu'il est venu despieça demourer en nostre royaume ouqu=l il s'est depuis tenu et vient encores en nostre service, et y a acquis dis biens, en esperance d’y faire sa residance toute sa vie. Mais, pour ce qu'il n’est pas natif d’icellui notre royaume, il doubte que après son decès on veuille mectre empeschement en ses dits biens, et Is prendre de par nous, comme biens aubeine, se nostre grâce ne lui estoit sur ce impartie, comme il dit humblema2nt, requérant icelle. Pourquoy, nous, ces choses considerans, et les bons et agréables services que le dit suppliant nous a faiz et fait chascun jour ou dit estat de medicin et autrement, :n plusieurs manières, audit suppliant pour ces causes et autres à ce nous mouvans, avons octroié et octroions de grâce especial, plaine puissance, et auctorité royal, par ces présent:s, qu’il puisse acquérir en nostre dit royaume, tant et tels biens, meubles et immeubles, qu'il en pourra licitement acquérir; et d’iceuls bien, ensambi: ceux qu'il a jà acquis, ordonner et disposer par tes-

tament, ou autrement, ainsi qu'il lui plaira; et que ses héri-

des.

tiers lui puissent succéder et appréhender ses dites successions et biens, tout ainsi que s= lui et ses dits hoirs estoient natifs de nostre dit royaume. Et quant à ce, les avons habilitez et habilitons de nos dites grâce et auctorité, par ces dites présentes, sans que aucun 2mpeschement leur soit ou puisse estre mis au contraire, ne qu'ils soient tenus pour ce à nous paier, ne aux nostres, aucunes finances; laquelle nous avons, audit suppliant, pour considération de ses services, donné et quitté, donnons et quittons de nostre dite plus ample grâce, par ces mesmes présentes, signées de nostre nom, si donnons en mandement à nous ainés èt feaulx gens de nos comptes et trésoriers, au Senéchal de Poitou, et à tous nos justiciers et officiers, ou à leurs lieuxtenants, présens et advenir, et à chascun d'eulx, si commz à luy appartiendra, que ledit suppliant et ses dits hoirs, ils facent, souffrent et laissent joir et user paisiblement de nos présents, grâce, habilitation, ou quictance et octroy. Et se aucun empeschement leur estoy cy-après uni au contraire, si l’ostent ou facent oster, et mectre sans delay au premier estat et den. Et afin que ce soit chose ferme et estable à tous jours, nous avons faict mectre notre scel sur ces dites présentes, sauf en autres choses nostr2 droit et l’auctry en touttes.

Donné au Mont Saint-Michel, au mois d’aoust, l’an de grâce mil CCCC soixante-treize et de notre règne le trei-

zième. LoYs.

La première faveur que Coitier obtint, fut d’être nommé clerc ordinai'e :n la Chambre des Comptes de Paris, le 30 septembre 1470. Quoique jes titulaires de cette charge ne fussent pas alors au rang des juges, ils n’en étaient pas moins très considérés, parce que c'était de leur ordre qu'’étaient tirés les maîtres clercs, et qu'ils pouvaient espérer remplir plus tard des emplois importants dans la même Chambre. De plus, leurs appointements n'étaient pas à dédaigner : les clercs ordinaires avaisnt par jour six sols parisis environ 45 francs aujourd’hui) sans compter les droits de robes, d: manteaux, de gants, de manchons, de chapeaux, de bonnets, de harnais, de trousses, de chevaux, d'étuis de manteaux, de canifs, d’écritoires, etc.….; de sorte que leurs appointements atteignaient la somme de d-ux cent quatre-vingtsix livres, dix-sept sols, six deniers.

Trois ans après, comme Louis XI avait créé un poste de Vice-Président de la Chambre des Comptes, Coitier l’obtint à la mort du premier titulaire, Philippe-le-Bègue, en

En 1480, un certain Riboteau, chargé de faire le paiement du France-Archen de Champagne, redevait au roi une somme assez considérable. Le monarque saisit cette occasion pour fair: un présent à on médecin; il garda pour lui la moitié des sommes que devait rendre le payeur du France- Archen, et donna l’autre moitié à Coitier.

En novembre 1481, Louis XI lui fait encore don de tout

le droit que Jean Cauchon, par2nt de l’évêque de Bleauvais, avait sur les biens de certains Anglais, ainsi que des biens mêmes du juge de Jeanne d’Arc, mort en 1443 et jeté à la Voirie.

En 1482, Louis XI « par considérations des bons, agréables +t continuels services que son aîné et féal conseiller et médecin, maistre Jacques de Coitier, vice-président de la Chambre des Comptes, lui a par ci devant faite, et fait chascun jour, près et à l’entour de sa personne, pour la conservacion de sa santé, tant en son estat de medecin que autrem », donne à Coitier, par lsttres patentes de février 1482, le prieuré de Montmorillon, et par lettres de mai, la « chastellenie de Rouvre » en Bourgogne.

Cette même année, en septembre, dans un édit signé au Plessis-du-Parc, Louis XI « voulant en reconnaissance et rémunération des savants, louables et recommandablss services que lui rend chascun jour son médecin, et devant aussi, en reconnaissance d'iceuly services, le élever de plus en plus en honneurs et biens, afin qu'il ait toujours de quoy mieux soutenir honorablement son estat » avait donné à Coitier la chatelleni: de Poissy; un mois après, il lui fit encore don d'une maison sise en la basse-cour du château de Plessis.

C’est :n 1482 aussi que Coitier fut nommé premier président de la Chambre des Comptes, dignité importante, dont 12 titulaire était appelé à figurer dans les actes politi-

ques les plus élevés, et Concierge et Bailli du Palais,

Page 1