‹ Jacques Coitier: Médecin de Louis XIChapitre 12 sur 14 · V. — COITIER après la mort de Louis XI · texte numérisé non relu

V. — COITIER après la mort de Louis XI

D'après un: opinion assez généralement répandue et partagée par Naudé, Guion, Moreri, Brice et d'autres écrivains, Coitier, après la mort de Louis XI, avant perdu toute influence, aurait été chassé de la Cour, poursuivi pour exactions, et ne se serait tiré de la fâcheuse position qu’on était tenté de lui faire, qu'en donnant à Charles VIII, sous forme d'illusoire emprunt, une somme considérable dont ce prince

avait besoin pour son expédition de Naples. On a même

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prétendu que Louis XI avait fini par haïr son médecin; qu’il avait donné ordre au grand prévost, son cher confident, de l’arrrêter, de se défaire sourdement de lui, et que Coitier ne dut son salut qu’à la grande amitié qui l’unissait à Tristan.

Dans les recherches auxquelles il s’est livré, Chéreau (4) n’a rien trouvé qui justifiât pareille opinion. Sous le successeur de Louis XI et même sous Louis XII, Jacques Coitier, tout en descendant quelques échelons des honneurs qu’il avait accumulés sur sa tête, sut encore poursuivre une haute et brillante carrière.

Cependant, le 22 septembre 1483, moins d’un mois après la mort de Louis XI, Coitier se voit enlev:r son office de premier Président-Clerc des Comptes, mais le 26, il est réintégré comme Vice-Président, avec des lettres patent:s qui reconnaissent les « grands, agréables services que icelluy Conseiller, maistre Jacaues de Coiti?r, a faits à nostre feu seigneur et père, durant sa maladie, en grande cure, peine, travail et assiduité de sa personne, de jour et d2= nuict. » Ce n’est pas là l’expression d’une disgrâce, encore moins d’un châtiment. ;

Jacques Coitier, qui put ajouter encore à tous ses titres acquis sous Louis XI, celui de Chambellan du roi, dont il fut revêtu par Charles VIII, conserva cet office de Vice-Président des Comptes pendant toute sa vie, c’est-à-dire sous le règne de c2 dernier prince et dans une grande partie de

celui de Louis XII.

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Charles VIII emprunta même au médecin de son père, vingi-six jours après son avènement au trône, la somme important de vinget-trois mille ceni livres (environ cinq millions actuels), dont 1: remboursement devait s’exécuter par septième d'année en année, mais n’eut un commencement d’exécution que quatorze ans après.

Rien de plus faux donc que l’assertion qui montre Jacques Coitier abandonné, poursuivi, traqué par les successzurs de Louis XI. Il conserva la haute dignité de Vice-Président des Comptes, se faisant appeler « noble homme, Chevalier, Conseiller, Chambellan du roi et seigneur d’Aunay, d: Nonneville, de Persan, de Gandelus et de Rochefort-sur- Armançon. » Mais il vit diminuer ses revenus. La Châtellenie de Poissy, celle de Triel, de Saint-Germain-en-Laye, la Conciergerie du Palais, la geôle, les étaux, échoppes, maisons, etc... qui englobaient, pour ainsi dire, le Palais occupé par les grands corps de l'Etat, tout cela produisait annuellement de gros bénéfices; les revenus en furent payés à Coitier exactement jusqu'au jour où Louis XI rendit l'âme. Mais Charles vil à son avènement au trône, ayant révoqué tous les dons qui avaient été faits par son père, Coitier qui, par une amèr2> décision, contresigne avec plusieurs autres personnages des lettres de révocation, eut la poignante douleur de ne plus voir arriver dans ses coffres « les termes échus à la Saint-Rémy, à la Toussaint, à Noël, à la Chandeleur, à

Pâques, à l’Assomption » de l’an de grâce 1484. Pour ren-

trer dans ces bénéfics5, il frappa à la Chambre des Comptes, il s’adressa à ses « chers frères ». Mais la Chambre fut sourde à la voix de son Vice-Président, et lui accorda en tout et pour tout... cent francs parisis.

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