LE COMTE CHARLES D'ARMAGNAC
plusieurs fois Tannée par des commissaires spéciaux, et les appeler au moment du danger1.
Spécieuses sur plusieurs points, fondées à quelques égards, inopportunes dans tous les cas, ces considérations ne détournèrent pas le gouvernement de son but. En môme temps que, grâce à la prudence et à l'énergie des mesures qui avaient été adoptées, il ramenait Tordre et la tranquillité dans le royaume, Charles VII veillait d'ailleurs à ce que la main de la justice atteignit, quel que fût leur rang, tous ceux qui transgressaient réellement les lois. On a vu la juste punition qui avait été infligée, pour ses méfaits, au bâtard de Bourbon. En 1445, les plaintes les plus graves s'éle- Tèrent contre le comte Charles d'Armagnac. On Taccusait, entre autres griefs, de fabrication de fausse monnaie, d'avoir levé deux ou trois fois Tan les tailles établies sur ses terres, d'avoir fait des prisonniers et d'entretenir trente ou quarante bandits qui pillaient et rançonnaient sans pitié toute la contrée. Le bruit courait, en outre, qu'il battait son confesseur, on ne savait trop pour quels motifs, qu'il avait pillé un grand nombre de prieurs et de curés, et que ses gens avaient violé plusieurs filles des environs. Quelques services que la famille des Armagnac lui eût rendus, Charles VII fit instruire le procès de Tindigne héritier de ce grand nom. Cependant, le comte Charles d'Armagnac promit de s'amender; le roi d'Espagne, les ducs de Bretagne, d'Alençon, de Bourbon et Dunois intervinrent en sa faveur, et Charles VII consentit à suspendre la procédure à la condition, qui fut acceptée, qu'ils lui fourniraient pour garantie deux mille hommes d'armes *.
i Thomu Baain , de Rébus gestit Caroli teptimi, lib. IV, cap. V, el VI.
* Bibl. Imp., M». Portefeuille* Fontanieu, 1 19-120. — Le comte