‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au XVe siècle; étude historique précédée d'une notice sur la valeur des anciennes monnaies françaisesChapitre 184 sur 327 · CURIEUX PORTRAIT D'AGNÈS SOREL · texte numérisé non relu

CURIEUX PORTRAIT D'AGNÈS SOREL

de fête, et jouant de divers instruments Une des miniatures porte en légende ces mots : «Icy sont ceulx et celles ijiii ont fait le psaultier2. »

Autant Yan Eyck dépassa les peintres qui l'avaient précédé, autant Jean Foucquet, de Tours, laissa derrière lui le rui René et les autres enlumineurs du quinzième siècle. Le musée d'Anvers possède un portrait allégorique d'Agnès Sorel, qu'on lui attribue 3. La célèbre favorite y est représentée, le sein gaucbe entièrement découvert, entourée de dix petits enfants. Ce qui ajoute à l'étonnement, c'est que ce tableau, fait pour l'église de Melun, y a figuré pendant plusieurs siècles *. Mais les titres artistiques de Jean Foucquet ne sont pas hX. Il faut, pour l'apprécier, voir ses miniatures, véritables chefs-d'œuvre où, sous le pinceau de l'habile enlumineur, les plus petits cadres prennent des proportions grandioses et deviennent autant de tableaux. Parmi ses travaux restés célèbres, on remarque deux livres d'Heures exécutés, l'un pour la duchesse d'Orléans, l'autre pour Etienne Chevalier, conseiller de Charles Vil et ami d'Agnès Sorel s, un manuscrit de Tite-Live et un autre manuscrit de r Antiquité des Juifs de Josèphe0. La composition de ses

* Bibliothèque de l'Arsenal, à Paris.

» M. Dusommerard, Les arts au moyen âge, I. V, p. 147. — M. Du- ' sommerard a reproduit en outre dans l'album de son ouvrage, 7* série, pl. XIV, une miniature du roi René* représentant un conseil tenu à Nancy par Charles VII, le 10 février 144 4. Les ligures de cette miniature (voir l'original a la Bihl. Imp., Mas., n° 1 ,184) manquent complètement de naturel et d'animation.

s M. A. Mlchiels, /oc. ctt.

* Voir, à ce sujet, le chapitre suivant.

■ Ce dernier livre d'Heures contenant un portrait de Charles VU qu'on a reproduit, mais a«sex ma), dans la collection Gaignières ( Bibl . imp., Estampes) appartient à M. Georges Urentano de Francfort.

« Ces deux deniers manuscrits appartiennent à la Bib». imp. de

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dessins, l'attitude naturelle, expressive, de ses personnages, le charme de son coloris, ne rencontrent plus que des admirateurs 1. Né, on le suppose du moins, vers 1415, Jean Foucquet fut successivement employé par Charles VII, et par Louis XI qui en ût son peintre ofliciel *. A partir de 1475, toute trace de lui disparait. Ainsi en

Paris. M. de Baatard, qui a reproduit dans son ouvrage deui dessins de YAntiquilé des Juifs : la prise de Jéricho et la construction du temple de Salomon , apprécie comme il suit le talent de Jean Foucquet :

« Quoique son Taire le rapproche de l'école flamande, le style plus élevé de ses ouvrages et le goût de l'architecture qui s'y rencontre prouvent qu'il a vu l'Italie , et qu'il a fait de ses monuments une élude attentive, ba manière d'ajuster est large et vraie; ses compositions sont ingénieuses et bien ordonnées; il a plus de perspective aérienne et linéaire qu'aucun de ses devanciers, que pas un de ses contemporains et que beaucoup de ceux qui l'ont suivi. Enfin, l'entente du clair-obscur ne lui e*t pas inconnue, et Ton se croirait , avec lui, aux temps de Léon X et de François l*r, s'il n'avait eon-ervé celle naïveté" qui caractérise le moyen âge, et qui donne parfois du prix à l'ignorance même. Chex lui, tout marche à l'action sans effort, sans manière; les ajustements sont saisis d'après nature; rien dans les plis ne contrarie la forme et le mouvement ; les teles fines et vraies d'expression sont d'une étonnante variété. »

1 Je citerai entre autres M. le comte de Laborde, M. Aimé Charopollion-Figeac, M. A. Michlels, H. F. Bourquelot et M. Paulin Paris. A propos d'une miniature du manuscrit du Miroir historial, M. Paulin Paris fait celte observation : « La grande figure du frontispice peut, à a mon humble avis, être comparée aux plus beaux ouvrages du Pérugin « et de Foucquet. » {Les Manuscrits françois, etc., t. Il, p. 324.) — Voir, à l'appendice des Évangiles de la maison Curmer, plusieurs notices très-intéressantes sur Jean Foucquet par MM. de Vicl Castcl, de Laborde, Vallet de Yiriville, Charles Louandre, Ferdinand Denis et Brentano. — Jean Foucquet eut deux fils, Louis et François., qui marchèrent sur les Iraees de leur père, mais sans l'égaler.

* On lit à la dernière page du manuscrit de Josèplie (Antiquités des Juifs ) ces mois : « Eu ce livre y a neuf histoires, enluminées de la main • du bon palntre el enlumineur du Roy Loys XI, Jehan Foucquet, na- « tif de Tours. »

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