‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au XVe siècle; étude historique précédée d'une notice sur la valeur des anciennes monnaies françaisesChapitre 201 sur 327 · D'EUSTACHE DESCHAMPS · texte numérisé non relu

D'EUSTACHE DESCHAMPS

« En une grant fourest et lée {large) N'a guère» que je cheminoye, Où j'ai mainte beste Irovée.

Mais en un grant parc regardoye, Ours, lyons et liépars veoye, Loups et renars qui vont disant Au povre beslail qui s'effroye :

« Sa, de l'argent; sà, de l'argent. »

« La brebis s'est agenouillée, Qui a respondu comme coye :

J ay esté quatre fois plumée C'est an cy ; point n'ay de monnuye.

Le buef et la vache là ployé; Là se complaingnoit la jument; Mais on leur respond toutevoye :

« Sà, de l'argent; sà, de l'argent.»

a Où fut tel paroule trouvée De bestes, trop me mervcilloyc.

La chièvre dit lors : Ceste année Nous fera moult petit de joyo.

La moisson où je m'attendoye, Se destruit par ne scay quel gent; Merci, pour Dieu, et va ta voye!

— « Sà, de l'argent; sà, de l'argent. »

« La truie qui fut désespérée,

Dist : 11 faut que truande soye

Et mes cochons ; je n'ay derrée (denrée)

Pour faire argent — « Yen de ta soy e,

Dist li loups ; car où que je soye

Le bestail fault estre indigent.

Jamais pitié de toy n'auroye :

Sà, de l'argent; sà, de l'argent. »

« Quant cette raison fut finée,

Dont forment {grandement) esbahis estoye,

Vint à moi une blanche fée

Qui au droit chemin me ravoye.

fHANSONS A BOIRE

En disant : « Se dieux mo doint joyc, Ces bcsles vont à court souvent ; S'ont ce mot retenu sans joye :

Sa, de l'argent; sà, de l'argent1. »

Il y a dans ce dernier vers et dans la raanicre dont Eustache Deschamps le ramène, quelque chose de farouche et d'impitoyable qui devait faire frissonner les malheureux à chaque instant menacés de voir la fiction du poète devenir une réalité.

Mais le caractère d'une nation apparait, môme dans les plus grandes crises. Vers l'époque où la muse populaire d'Eustache Deschamps gémissait sur la patrie envahie, sur les brigandages des compagnies franches , sur l'insatiable avidité des seigneurs, un ouvrier normand, Olivier Basselin, trouvait, en chantant les douceurs de la bouteille, les cadres les plus poétiques, les rhythmes les plus sonores, les plus éclatants.

« Beau nez, dont les rubis ont cousté mainte pippe

De vin blanc et clairet, Et du quel la couleur richement parlicipe

Du rouge et violet ;

« Gros nez! qui te regarde à travers un grant verre

Te juge encore plus beau :

Tu ne ressembles point au nez de quelque herre

Qui ne boit que de l'eau.

a Ayant le doz au feu et le ventre à la table, Estant parmi les pots et le vin délectable,

! Citée par M. Geruxez , Cours de littérature, p. 91. — M. Prosper Tarbé a publié, il y a quelques années, un choix des poésies d'Euslâche Deschamps.

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