CHAPITRE VIII
Causes de la popularité d'Agnès Sorel. — Quatrain de François I" el conte de Brantôme à son sujet. — Sa famille. — L'époque de sa naissance est incertaine. — Elle est attachée à la maison d'Isa beau de Lorraine, femme de René d'Anjou. — Gages qu'elle y avait en 144 4.
— Sa liaison avec Charles Vil parait remonter à 1 433. — Elle en a une fille vers 1434. — Vient à la cour de France en 1 444. — Changement dans la conduite privée de Charles VII. — Il donne à Agnès plusieurs châteaux et une pension de 3,000 livres. — Troubles qu'elle cause dans la famille royale. — La reine en témoigne un grand déplaisir. — Singulière délibération des gens du conseil du roi à cet égard. — Explication non moins étrange de la conduite privée de Charles VU par un contemporain. — Doléances réciproques de la duchesse de Bourgogne et de la reine. — Agnès Sorel protège des jeunes gens d'armes et gentils compaignons. — Détails sur sa vie et ses mœurs. — Klle fait une visite aux Parisiens en 14 48 , et n'en est pas bien reçue. — Agnès Sorel et l'historiographe de Charles VII.
— Elle fait des donations considérables à diverses églises. — Lettre* qu'elle écrit à mademoiselle de Belleville, au sire de La Varenne et au prévôt de la Chesnaye. — La toilette dey femmes au quinzième siècle. — Agnès Sorel porta les premiers diamants taillés.
— Influence fâcheuse qu'elle exerce sur les mœurs. — Elle fait nommer un de ses parents évêque de Nîmes. — Se rend à Jumiége* pour y faire ses couches et tombe gravement malade. — Fait ses dispositions les lamentai res et laisse presque toute sa fortune aux églises. — Ses derniers moments. — On lui élève un mausolée à Jumiéges et un autre à Loches. — Épitaphes françaises et latines. — Charles VU achète ses bagues et joyaux pour Antoinette de Maignelais, nièce d'Agnès Sorel, qui prend sa place. — Plusieurs demoiselles, des plus belles du royaume, suivent Charles VII dans tous ses voyages.
— Le dauphin est soupçonné d'avoir fait empoisonner Agnès Sorel.
230 FRANÇOIS Ier ET BRANTOME
—Sourde* rumeur» contre Jacques Cœur. — Sa confiance. — Il reçoit une gratiûcation du roi, qui le fait arrêter quelques jours après.
La duchesse d'Étarapes, Diane de Poitiers, Gabriel le d'Estrées, mademoiselle de La Vallière, madame de Montespan, madame de Pompadour et beaucoup d'autres favorites ont laissé un nom célèbre. Aucun n'est devenu populaire comme celui d'Agnès Sorel1. Un joli quatrain de François I,tf, une historiette de Brantôme, tels sont les titres sur lesquels cette popularité repose. Brantôme, ce libre causeur, rapporte que Charles VIT, absorbé par son amour, négligeait les affaires du royaume pour Agnès Sorel. Un jour, celle-ci lui aurait dit qu'étant encore jeune fille un astrologue la prévint qu'elle serait aimée d'un des rois les plus vaillants et les plus courageux de la chrétienté; qu'elle avait d'abord cru que cet horoscope était réalisé , mais qu'elle s'apercevait bien du contraire, et qu'il s'agissait sans doute, dans la prédiction, du roi d'Angleterre qui a fai- « soit de si belles armes et prenoit tant de belles villes à la « barbe du Roy, ajoutant qu'elle alloit le trouver, car c'est « celuy duquel entendoit l'astrologue. » — « Ces paroles, < ajoute Brantôme , picquèrent si fort le cœur du Roy « qu'il se mit à plorer, et de là en avant, prenant courage,
1 On écrivait au quinzième siècle, Seurelle ou plus souvent Soretle, bien que le nom de famille fût Soreau. Cette habitude de modifier le nom des femmes était commune au moyen âge. On lit dans les Mémoire» de Du Clercq (année i486) : « Au dit an, le 21* jour de juing,en la ville m d'Arras, une femme mariée, nommée Jehanne Lenglesse, femme de h Jehan Lenglé... * Le même usage existe encore dans les campagne*, notamment en Provence.
* u Gentille Agnès, à bon droit plus mérite, « La cause estant de France recouvrer, « Que ce que peut dedans un clotstre ouvrer, n Close nonnain, ou bien dévot henni te. »