GOUTS MONDAINS
quatre. » D'autres joyaux, de magnifiques tapisseries, des ornements divers furent aussi offerts par Agnès Sorel à l'église collégiale de Loches. Parmi ces tapisseries, on admirait surtout, dans le chœur et la nef, aux jours de grandes fêtes, un sujet composé de six pièces représentant l'histoire de la chaste Suzanne
Quelques lettres d'Agnès Sorel, heureusement parvenues jusqu'à nous, fournissent de précieuses indications *. D'après les détails qu'elles contiennent, la favorite devait affectionner les promenades, les distractions bruyantes, et particulièrement la chasse. L'une de ces lettres, adressée au sire de La Varenne, son compère, prouve la confiance qu'elle avait dans la vertu des reliquaires. Enfin, celle pour le prévôt de La Chesnaye donne de son caractère une idée très-différente de l'impression laissée par le Bourgeois de Paris. Les deux premières lettres portent pour suscription ces mots : A madamoiselle de Belkville, ma bonne umye z.
1 M. Vallct de Viriville, loc. cit., p. 318 ut 319.
* Toutes ces lettres, au nombre de cinq, sont inédites. Deux d'entre elles, la première et la quatrième, dans l'ordre où je les reproduis, font partie de la riche et curieuse collection de M. Chambry, ancien maire du 3e arrondissement, qui a bien voulu les mettre à ma disposition, avec une bienveillance dont je ne saurais trop le remercier. Le texte de la seconde des deux lettres adressées au sire de la Varenne m'a été communiqué par M. Vallet de Viriville. Enfln, les deux autres appartenaient au baron de Trémont.
Quatre de ces lettres sont en entier de la main d'Agnès Sorel. Le corps de l'une d'elles, celle adressée de Candé à mademoiselle de Belleville ( n° 2 }, et dans laquelle il est question de l'accident arrivé au petit Robin, n'est pas de l'écriture d'Agnès, qui a seulement mis de sa main, ces mots: la toute vostre bonne amye, et signé.
* Fille naturelle de Charles VI et d'Odette de Champdivers, elle Tut léglUmée sous lo nom de Marguerite de Valois, par lettres de Charles VII , datées de Montrichard, au mois de janvier 1 427. {Voir Recueil général
LKTTRE8 D'AGNKS SOREL
« Madamoiselle ma bonne amye, ge me recommande de bon cuer à vous. Ge vous pri volloyr bailler à se porteur Ghristofle ma robhe de gris dobléc de Manchet et toutes paires de gaus que trouverésen demourcr, aiant ledit Ghristofle perdu mon coffre où je en avois prins nombre. Vous pléra oultre recepvoir de luy mon levryer Carpct, que vouldrez norrir de vostre costé, et ne lairré aller à la chasse avesques nuz, cuar n'obéyt-il à sifflet ne apel, qui me faict cause de le renvéer ; et scroit autant dyre perdeu, que me seroit à grant paine; et l'aiez byen recommandé, ma bonne amye, et me ferés plésir. Priant Dieu vous donner sa grasse. De Razillô, ce vmc jour de septambre. La toute vostre bonne amye, Agnks. »
<( Madamoiselle ma bonne amye, de bien bon cuer me recommande à vous. Plùse vous savoir que je nfesmerveilh' du raport que m'avés fait par le jeune Dampere et le vous rentourne pour aydier à vous mettre hors de cecy quy vous a deu estre de grant ennuy. Plèse vous savoir que nous esjoissons tant du mielx que povons en ces cartyers et y debvez sytost venir que vous serez hors dudit ennuy qui sera tant tost, comme bien espère. Attendant, avons faict chace hyer à ung porc sangler; et s'est tournée mal la dicte chace au préjudice dudit petit Robin, aiant esté frappé d'ung taillion que ung des veneurs cuidoit tirer audit sangler en ung buisson, et luy en est assez grefve navreure, mais bien espère qu'en garira prompte voie, et le feray bien governer. Au demourant, s'il est aultre que pour vous faire
des anciennes lois, etc., t. VIII, p. 741.) Mariée plus tard au seigneur de Bellerille, elle détint, à ce qu'il paraît, l'amie Intime d'Agnèn.
a mademoiselle; de bellevillk
puisse attendant votre voneue, faictes le moy scavoir et le feray de très-bon ruer; et à Dieu, madamoiselle ma bonne amye, qui vous doint ce que desirez. De Candé, ce venredy après la Saint-Mi chiel. La toute vostre bonne amye, Agnès. »
La première des lettres adressées par Agnès Sorel au sire de La Varenne \ offre un intérêt particulier à raison de l'événement qu'elle y raconte, de la cause attribuée par elle à la chute du voleur de ses diamants, et des termes mômes du récit. La seconde témoigne de l'obligeance d'Agnès à l'égard de ceux qui recouraient à elle.
« Monsieur mon très-ebier amyt et bon conpère, ge me recommande à vous tant comme ge puys. Ge vous envoyé les lettres de respit touchant l'ommaige de La Frcsnoye, vous priant conjoinctement en voulloyr adviser et me îrre se servisse de le mectre à bien, ne povant de dessa partyr; et pour pryères que luy en ay sceu fère, ne se veult
1 Pierre de Brézé, seigneur de la Varenne. — D'après Delarue (£uai sur les trouvères, t. III, p. 327), Pierre de Brézé aurait été le personnage le plus complet de son siècle. Tout à la fois homme de conseil et Ikon capitaine, c'eut à lui que reviendrait la gloire de la réforme militaire et de la plupart des actes importants du règne. Bien, je dois l'avouer, ne prouve que Pierre de Brézé ait exercé une si grande influence sur le* événements de son temps. L'abbé Legrand {Histoire de Louis 17, Ut. I, p. 104; II, p. 10&; Bibl. imp., Mss.) reconnaît pourtant que Brézé « esloit un homme de teste et de main, et qu'il gouvernoit son maistre sans lui plaire. — Brézé, ajoute-t-il, avoit l'administration des finances, employ où il n'est pas aisé de contenter tout le monde. Sa trop grande liberté de parler luy faisoit beaucoup d'ennemis; il n'épargnoit pas le Boy. » — Tel était le compère de la belle Agnès. Ajoutons qu'à son avènement au trône, Louis XI le fit mettre en prison et qu'il n'en sortit, dit-on, qu'a la condition que son (ils, Jacques de Brézé, épouserait Charlotte, une des filles naturelles d'Agnès Sorel et de Charles VII. Le mariage eut lieu ; mais il eut des suites tragiques. A quelque temps de là, Jacques de Brézé surprit sa femme en adultère et la poignarda. Il obtint plus tard de Charles VIII des lettres de rémission à ce sujet.