‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au XVe siècle; étude historique précédée d'une notice sur la valeur des anciennes monnaies françaisesChapitre 233 sur 327 · DÉPOSITION DES TÉMOINS · texte numérisé non relu

DÉPOSITION DES TÉMOINS

La condamnation de Jean Xaincoins était évidemment un précédent très-fâcheux pour Jacques Cœur, et il est probable qu'elle fut habilement exploitée par ses ennemis. Quelques historiens ont même pensé qu'elle avait été provoquée dans ce but, et Ton est surpris qu'elle ne lui ait pas servi d'avertissement.

L'interrogatoire des témoins commença le 10 septembre 4451.

Le fait relatif aux ventes d'armes fut d'abord établi. Un témoin déposa à ce sujet que Jacques Cœur lui avait montré à Montpellier « des guisarmes, des haches, des arbalètes, des cranequins, un riche jazeran, un grand nombre de belles salades garnies d'argent, ainsi qu'une coupe dont il vouloit, disoit-il, faire présent au souldan pour avoir sa faveur au faict de ses gallères1. » Ces objets avaient en effet été

» Procès de Jacques Cœur, p. 325 à 334. — Au sujet do commerce avec les Juifs et Sarrasim, voici quelle était la coutume du quinzième •iècle : « Il n'appartient à nul chrétien de faire avec eux quelque participation ne compagnie, ne substanter contre les chres tiens ; et quiconque le fait, il chet en excommunication et confiscation de biens, et est réputé comme traistre à Dieu. • {Somme rural, ou le grand cous* tumicr général de prac tique, civil et canon, par Jean Bouteiller, liv. II, Utre xil.) Depping a raconté avec détail, dans son Histoire du commerce entre le Levant et l'Europe (t. 11, chap. X, p. 170 et suiv.), les entraves que ce commerce avait eu longtemps a souffrir de la part de l'autorité ecclésiastique* Pendant plusieurs siècles, les papes avaient cru que la défense du commerce avec le Levant était un excellent moyen de combattre et de ruiner les infidèles ; ils tenaient de plus à empêcher l'odieux trafic des Vénitiens qui enlevaient ou achetaient sur les côtes des enfants qu'ils allaient ensuite vendre aux Sarrasins. Telle fut l'origine et le principal motif des interdictions. Des coramerçauts vénitiens ayant passé outre, ils furent frappés d'excommunication; puis, à l'heure de la mort, voulant rentrer en grâce avec le ciel, la plupart léguèrent leurs biens aux églises. Un grand nombre de testament* de ce genre ayant été attaqués par les familles, des llicologiens et des casuistes vénitiens décidèrent que les roiiiiuerçuiil* n'a-

MONNAIES EXPORTEES.

portés au Soudan par Jean de Village, neveu et principal associé de Jacques Cœur, lors de l'ambassade dont on a vu plus haut les détails.

L'exportation des monnaies et des objets d'or et d'argent était alors, de môme que celle des armes dans les pays avec lesquels on était en guerre, formellement défendue. Or, de nombreux témoins à charge déposèrent que Jacques Cœur et ses commis avaient transporté dans le Levant des quantités considérables de monnaies françaises, de la vaisselle et d'autres objets. D'après Pun des témoins, Jacques Cœur possédait sept galères qui devaient porter, à chaque voyage, de seize à vingt mille ducats. Il ajoutait que « sans grand argent, on ne faisoit rien de marchandise au pays de Levant. » Un autre témoin déclara que, dans un voyage qu'il fît en 4445, sur la galère Saint-Denis appartenant à Jacques Cœur, il remarqua qu'elle transportait de seize à vingt mille ducats en argent monnoyé. A Rhodes,on s'arrêta. « Là, dit-il, cet argent fut fondu et mis en platines signées d'une fleur de lys; et estoit de plus basse loy, de huit pour cent, dont les Sarrasins, auxquels le dit argent fut délivré

vaient rien fait d'illicite, mais le pape condamna ces décisions comme entachées d'hérésie. Un accommodement intervint après de longues négociations, et le pape Benott XII défendit seulement le commerce avec les infidèles, sans une autorisation du Saint-Siège. A partir de ce moment, la vente des autorisations devint pour les papes une source de revenus. D'abord individuelles et spéciales, les autorisations circulèrent plus tard comme des lettres de change, et les armateurs se les passèrent leâ uns aux autres, par endossement.

En ce qui concerne le grief fait sur ce point à Jacques Coeur, il est ù remarquer : 1° qu'il avait obtenu de plusieurs papes des licences pour trafiquer avec le Levant; 2° que, pendant le procès, le pape Nicolas V intervint formellement en sa faveur; 3° enfin, que, par la suite, un autre pape l' accueillit avec les plus grands honneurs et le mit à la tète d'une expédition contre les infidèles.

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