DÉSAPPROUVE LES POURSUITES DE SES FRÈRES
au Roy par manière qu'il eust aucune chose (Je quoy vivre, et que se jamais il n'en devoit ainander, et deust-il mandier, il ne se opposeroit contre les criées, ne demanderoit autre chose que le bon plaisir et la bonne grâce du Roy. A quoy je luy dis et respondis qu'il ne se desconfortast point, et que je ne faisoye doubte que le Roy n'eust pitié de luy, et que je luy pourvoiroye d'aucune chose, et lui feroye le mieux que je pourroye »
Une indemnité de cinq cents livres récompensa cet acte d'insigne faiblesse. Le 6 novembre, le procureur général faisait faire pour Ravant Cœur deux robes noires fourrées d'agneau, un chaperon, un pourpoint, divers autres habillements, estimés vingt-huit livres tournois, à déduire des cinq cents livres que le roi avait accordées. Deux jours plus tard, Ravant Cœur ayant «juré et affirmé qu'il n'avoit un seul denier pour vivre » on lui remit vingt-cinq livres2.
Quand tout eut été préparé pour la vente des biens de l'argentier à Tours, à Bourges, à Paris, à Lyon, à Poitiers, à Montpellier, le procureur général Dauvet se rendit en Provence. Son principal but était de décider le roi René à livrer au roi de France ce neveu de Jacques Cœur, Jean «le Village, envoyé autrefois en ambassade auprès du soudan. Jean de Village avait été fort mêlé dans le procès; aussi refusait-il, malgré des lettres de sûreté, d'aller rendre ses comptes à Montpellier, sur les terres du roi. Le procureur général arriva le 24 juin 1454 à Aix, où le roi de Sicile faisait alors sa résidence. A peine descendu de cheval, il se rendit auprès de lui; mais, le jour étant avancé, René lui donna rendez-vous pour le lendemain, après sa messe. Il
1 Vente des biens, etc., folio 100, recto.
* Vente des biens, etc. M. Baynal, loc. cit., p. 87.