ALEXANDRIE
qui visita les principaux ports du Levant en 4384, en a laissé une description qui donne une haute idée de la splendeur qu'ils avaient alors. Les chrétiens, qui en faisaient la fortune, y étaient néanmoins soumis à des avanies innombrables. Ainsi, à peine le navire, où le pèlerin de Florence avait pris passage, fut-il entré dans le port, qu'une barque égyptienne vint à eux. Immédiatement, une vingtaine de douaniers et de noirs qu'elle transportait montèrent à bord et enlevèrent la voile et le gouvernail, afin d'empêcher le navire de repartir avant que les passagers eussent acquitté le tribut d'un ducat par téte, ainsi que les droits de transit dus au Soudan. On dit aux passagers, pour les consoler, que cela se pratiquait ainsi, nonseulement à Alexandrie , mais à Aden et sur toute la côte de Barbarie. Comme la ville de Florence n'avait pas, en 4384, de consul à Alexandrie, le consul de France, qui portait le titre de consul des François et des pèlerins, prit les Florentins sous sa protection et leur donna un logement dans sa maison. Alexandrie comptait alors soixante-dix mille âmes. Quand les pèlerins de Florence voulurent se rendre au Caire, ils s'embarquèrent sur le canal du Nil, qui était encore en bon état et sur les bords duquel s'élevaient de nombreuses maisons de plaisance entourées de jardins et de vergers qui fournissaient des cédrats, des dattes, des oranges. Le delta du Nil était planté de cannes à sucre. Une multitude de bateaux chargés de marchandises, et conduits par des femmes, sillonnaient le fleuve, se dirigeant sur Rosette et Alexandrie.
Une activité non moins grande régnait au Caire. Boulak, qui sert de port à cette ville, comptait dans ses eaux autant de navires que Gênes et Venise. De nombreux joailliers étalaient des pierres précieuses et des perles d'un grand