HEURES D'AGONIE
que son premier médecin, Adam Fumée, était vendu au dauphin, et il le fit enfermer dans la Grosse Tour de Bourges. Peu rassuré par ce qu'il voyait, un de ses chirurgiens s'enfuit à Valenciennes. L'un et l'autre furent plus tard comblés de faveur par Louis XI K Dès ce moment, le roi, dont cette fuite avait redoublé les soupçons, refusa toute nourriture. Vaiuement son jeune fils Charles goûtait, en sa présence, les mets qu'on lui présentait. Lorsque, vaincu enfin par les instances de tous ceux qui l'entouraient, il essaya de manger, il était trop tard. « Alors, dit son historiographe, il se confessa et ordonna commeun bon cathol ique, fit ses dernières ordonnances et legs tels que bon luy sembla et dit qu'il vouloit être enterré à Sainct-Denys en France, dans la même chapelle que son père et son grand père 2. * Cependant, l'heure de l'agonie était arrivée. Dans une chambre du château de Mehun, la reine, son fils Charles, les capitaines, les conseillers et les ministres le plus dévoués au roi, qui étaient accourus à la nouvelle de sa maladie, se pressaient autour de son lit de mort. Les chanoines de sa chapelle étaient là, et Puu d'eux lisait la passion de saint Jean l'évangéliste. Par intervalles, le roi faisait signe qu'il voulait parler et prononçait, dit un chroniqueur, quelques bonnes paroles. Quand le chanoine qui récitait la passion arriva à ce passage : inclinato capite emisit spiritum, Charles VII s'éteignit s. Celui qui avait eu l'insigne gloire de terminer la guerre nationale avec l'Angleterre, qui avait réformé la justice 4, organisé
1 Annales Ftandrix, de Meyer, p. 32», t«\rll£ par M. Havnal p. 4«t *bi supra.
* Jean Chartier, dans Godefroy, p. 310.
* Mathieu de Coucy, dans Goderroy, p. 7 30.
* J'ai parlé plus haut, p. 8» et auiv.. de* ordonnance» rendue* «n
SERVICES RENDUS. 32i>
l'armée, publié d'excellents règlements sur les finances, rétabli Tordre dans les monnaies, fondé l'administration et porté le premier coup à la féodalité, venait dé se laisser mourir de faim, de peur d'être empoisonné par son fils!
Peu de souverains ont été jugés d'une manière plus différente et plus contradictoire. Frappés uniquement de ses défauts, la plupart des historiens lui ont refusé tout mérite personnel. Pourtant l'un d'eux a fait observer avec raison a qu'un prince chassé de son trône , dépouillé de la meilleure partie de ses états , traversé à tous moments par les factions des grands de sa cour, sans argent, sans ressources pour en avoir, parvient difficilement au point de grandeur et de puissance où Charles VII arriva, si son habileté et son application ne suppléent aux autres moyens pour surmonter tant d'obstacles, et qu'on ne pouvoit, au moins, lui contester un grand discernement pour bien choisir les personnes qui le servoient1.» — «Le premier,» s'il faut en croire le plus illustre chroniqueur du siècle, « il gaigna ce point d'imposer tailles à son plaisir, sans le consentement des Estatz de son Royaulme*. » Or,
I 446 par Charles VII pour la réfonnation de la justice. Lue nouvelle ordonnance, qui embrassait toutes les parties de la procédure, Tut promulguée au mois d'avril 1-453, avant Pâques. Celte ordonnance, qui ne comptait pas moins de 12.r» articles, a été considérée par Henrion de Pansey « comme un monument très-précieux de la sagesse de nos pères. * « C'est, suivant l'Illustre magistrat, noire premier code de procédure.»
1 Le P. Daniel, Histoire de France, t. VII, année 14C0.
* Mémoires de Commines, livre VI, chap. VI. — Voici le passage textuel : • Le Roy Charles septirsme Tut le premier (par le moyen de plusieurs saiges et bons chevaliers qu'il avoit, qui luy a voient aydé et servy en saconqueste de Normandie et de Guyenne que les Anglois tenolent) qui gaigna ce point d'imposer tailles a son plaisir, sans le consentement des Estais de son royaulme. Et pour lors y avoit grands matières, tant pour garnir le pays conquis que pour desparlir les gens 'les compagnies qui pilloient le royaulme. Et à cecy se consentirent les