ARRANGEMENTS ENTRE LES DEUX FAMILLES
Chabannes, aussi puissant que jamais, prêta l'hommage au roi pour la seigneurie de Saint-Fargeau. Néanmoins, le procès continuait. En 1487, Cbabaunes, toujours en faveur, avait obtenu que le roi Cbarles VIII évoquât vi terminât lui -môme l'affaire; mais le parlement décida, toutes chambres assemblées, qu'il ne pouvait s'en dessaisir. L'année suivante, Antoine de Chabannes et Geoffroy Cœur moururent. Le premier laissait un fils, Jean de Chabannes, l'autre , une veuve et trois enfants. L'inimitié des deux familles étaut sans doute calmée, des amis intervinrent et leur flrent signer un arrangement en vertu duquel la veuve de Geoffroy Cœur renonça à toutes prétentions sur le château et les dépendances de Saint-Fargeau, à la condition que Jean de Chabannes lui payerait à elle ou aux siens, outre une somme de dix mille écus d'or une fois donnés, une rente perpétuelle de quatre cents livres tournois1.
Telle fut, après tant de vicissitudes, la dernière phase du procès de Jacques Cœur a. On se souvient que l'hôtel
faveur auprès de Louis XI. A la suite de son uvénement, celui-ci avait voulu faire nommer archidiacre à Bourges un de ses conseiller», Jean Cœur s'y étant énergiquement refusé, Louis XI lui avait défendu, pendant quelque temps, de séjourner dans son diocèse. Plus tard, en 1471 , une sédition ayant éclaté à Bourges, Louis XI supposa que Jean Cœur s'y était trouvé mêlé, et il écrivit aux commissaires extraordinaires, qu'il avait envoyés dans cette ville pour punir les révoltés, a de prendre et saisir les biens immeubles et temporels dudit archevêque de Bourges. « (M. Raynal, loc. cit., p. 112 et suiv.) Sans nul doute, Jean Cœur prouva son innocence, ut tous ses biens lui furent rendus. 1 Bonamy, second mémoire.
1 Deux de ses enfants, Jean et Henri, s'étaient voués à l'Église; Rayant Cœur ne s'était pas marié. Geoffroy, son frère, avait épousé, le 29 août 14G3, Isabeau Bureau, fille de Jean Bureau, frère putné de Jean Bureau, grand maître d'artillerie sous Charles VII et qui conserva
L'HOTEL DE BOURGES ACHETÉ PAR fOLBERT. 343
élevé par lui à Bourges, à si grands frais, avait été restitué, du vivant même de Charles VII, à Geoffroy Cœur. Celui-ci le laissa à Jacques, son fils, qui le vendit, en 1501, à Antoine Turpin, écuyer, pour la somme de quinze mille livres, plus quinze aunes de velours noir et quatorze aunes de camelot. Un secrétaire d'Etat, dont la famille avait , un siècle auparavant , acheté la chapelle de Jacques Cœur dans la cathédrale de Bourges, Claude de l'Aubespine, devint, en 1552, le propriétaire de rhôtel de la Chaussée. Enfin, le i3 mai 4679, Jean-Baptiste Colbert en fit l'acquisition de Charles de TAubespine, marquis de Châteauneuf. Mais .aucun lien de famille ne rattachant le grand ministre de Louis XIV à la ville de Bourges, trois ans après, le 30 janvier 4682,
tout son crédit sous Louis XI *. L'un des deux frères ayant fait autrefois partie des commissaires chargés de juger Jacques Cœur, le mariage d'Isabeau et de Geoffroy Cœur dut eiciter bien des surprises et rencontra sans doute, dans la famille de ce dernier, une vive opposition. Il est probable, d'ailleurs, que le crédit du grand maître de l'artillerie fut très-utile à Geoffroy Cœur. Celui-ci avait eu de son mariage un fils et deux «Des. Le fils, qui s'appelait Jacques comme son grand-père, mourut sans enfants ; l'une des deux «Iles, Marie Cœur, dame de Gironville, de Boulancourt et d'Angerville, fut mariée à Eustache Lulllier, seigneur do Saint-Mesrain, conseiller du roi. Enfin, sa sœur, Germaine Cœur, épousa Louis de Harlay, écuyer, seigneur de Sancy, dont la famille acquit plus tard une grande célébrité. ( La Thaumassière, Histoire du Berry, liv. 1, p. 89.) — Suivant M. Raynal, Geoffroy Cœur aurait laissé trois filles. La troisième, Jeanne Cœur, aurait épousé Jacques Pavye, seigneur de Laboutières. — La fllle de Jacques Cœur, qui avait épousé Jacquelin Trousseau, survécut à son mari dont elle avait eu trois enfants, et se fit religieuse au couvent de Sainte-Claire, à Bourges.
* Le Père Anselme, Histoire générale et chronologique de fa France et des grands officiers de la couronne, t. Il, p. 1066.