JACQUES COEUR ET FOUQUET
il cédait aux écbevins l'hôtel de Jacques Cœur, moyennant trente-trois mille livres. La ville s'obligeait en outre à payer un écu d'or de cens annuel au marquisat de Chàteauneuf et à lui remettre, tous les quatre ans, à chaque changement de maire, une médaille d'argent de la valeur de dix livres1.
Ainsi s'étaient rencontrés, eu quelque sorte, sur le même point, après un intervalle de plus de deux siècles, les deux hommes qui, jetant le coup d'œil le plus sagace dans les voies de l'humanité, se préoccupèrent avec tant de raison, dans leur passage au pouvoir, du développement du travail qui crée et des aptitudes commerciales de la France. L'achat fait par Colbert de l'hôtel de Jacques Cœur prouve que la destinée du célèbre argentier avait exercé une vive impression sur son esprit. Comment n'eût-il pas été frappé aussi de la ressemblance singulière qu'elle présentait avec celle de Fouquet? Il est impossible enfin que son œil pénétrant et curieux n'ait pas remarqué les grands côtés du rôle qu'avait joué Jacques Cœur. Sous certains rapports, en effet, il y eut, entre les tendances de l'argentier de Charles VII et du fondateur de la marine française, des analogies frappantes. Ce commerce du Levant que Colbert, par une police sévère et grâce à des encouragements habilement distribués, releva de la nullité où près de cent années de guerres civiles l'avaient plongé, c'est Jacques Cœur qui avait eu la gloire de le créer; c'est lui encore qui avait assuré de prime abord à la France, dans l'Orient, l'influence prépondérante, le protectorat, qu'elle y a exercés si longtemps. On a vu se dérouler successivement les preuves de sa prodigieuse acti-
1 La Thaumaaaière, H Moire du Berry, liv. II, p. 136.