PIÈCE
rasses. Après ces admirables peintures, je n'ai que peu de mots i dire de ce qui reste de la décoration intérieure. Quelques jolies statuettes, des feuillages tourmentés, mais d'ailleurs bien refouillés i l'effet, subsistent encore, mais peints à l'huile. Deux niches ou tribunes en encorbellement se projettent hors de la chapelle, l'une donnant sur la cour intérieure, l'autre sur la rue ; toutes les deux yides aujourd'hui et à moitié dépouillées de leurs ornements. Autrefois, elles contenaient : la première, une statue équestre de Charles VII armé de toutes pièces; l'autre, celle de Jacques Cœur monté sur sa mule ferrée à rebours ». C'est ainsi, rapporte la tradition, qu'il trompa sur la direction qu'il suivait les archers envoyés à sa poursuite. A côté de cette dernière tribune, on voit, à droite et à gauche, deux fausses fenêtres, avec les statues à mi-corps d'un homme et d'une femme entrouvrant une croisée et regardant dans la rue d'un air inquiet. C'est encore une tradition , que je ne garantis nullement, qui donne l'explication de ces figures. Elles rappellent, dit-on, la fidélité de deux domestiques qui, feignant d'attendre leur maître, persuadèrent à ses ennemis de faire sentinelle à cette porte pendant que l'argentier du roi s'échappait par une porte de derrière. La statue de Jacques Cœur et celles de ses domestiques furent placées là par son petit-fils, ce qui doit faire présumer que la maison tout entière a pu éprouver bien des changements depuis la mort de son premier propriétaire.
Encore un mot sur la chapelle. Elle est tellement petite que Jacques Cœur et sa famille pouvaient à peine y trouver place eu même temps que l'ofQciant. Les gens de sa maison entendaient sans doute la messe dans la galerie voisine.
Deux portes conduisent de la rue dans la cour intérieure : l'une, assez grande, pour admettre une voiture, l'autre à côté, très-étroite. On sent là la prudence forcée de ces temps malheu-
» Toute» les deux ont été délimites dans la révolution. (Note de N. Mérimée.)
reox. II eût été dangereux souvent d'ouvrir la grande porte, et la petite mettait à l'abri d'une Surprise. L'ornementation en pierre au-dessus de la porte principale est médiocre; mais les ventaux en bois semés de clous dont les têtes représentent des cœurs, sont fort bien travaillés. Bien que toute vermoulue, cette porte subsiste encore; mais on l'a remplacée récemmeut par une porte eu chêne, d'ailleurs fidèlement copiée sur l'ancienne. Quant aux portes intérieures, on observe que toutes sont si étroites que deux personnes de front y passeraient à peine. Jamais, dans l'architecture de ce temps, on ne voit de larges entrées ni de grands escaliers.
Dans la cour intérieure, même irrégularité, même insouciance pour la symétrie; nul alignement, pas un mur qui rencontre à angle droit le mur voisin. En admettant qu'à l'époque où l'hôtel fut bâti , le terrain se trouvât resserré par des bâtiments plus anciens, il paraîtrait incroyable qu'on n'eût pas (ait quelque tentative pour déguiser sa forme vicieuse; il semble, au contraire, qu'on se soit complu dans le manque de symétrie. Par exemple, le corps du bâtiment principal» entre la place de Berry et la cour intérieure, permettait à l'architecte de s'aligner à son gré. Point; sur une ligne de moins de trente mètres, on voit un angle rentrant très- prononcé; ce corps de logis n'est point parallèle à celui qui donne sur la rue, ni perpendiculaire à ceux qui les réunissent latéralement. Si notre pédanterie moderne attache trop d'importance peut-être à une régularité quelquefois monotoue , avouons que le mépris complet de cette régularité , lorsque rien ne le justiûe, lorsqu'il n'est point racheté par des avantages réels, fatigue bien autrement et choque l'œil le moins exercé.
A l'intérieur de la cour, la partie la plus remarquable de la décoration consiste dans des bas-reliefs fort bien exécutés et pour la plupart d'une bonue conservation, appliqués à l'extérieur des tours prismatiques qui servent de cages d'escalier, ou bien sur les tympans des portes. 11 y a de la grâce et de la naïveté dans ces figurines. Les attitudes sont vraies , les cos-
tûmes bien rendus, le travail partout est soigné; mais toutes ont un même défaut de proportion. Je les trouve un peu courtes et ramassées, arec les têtes sensiblement trop grosses pour le corps. Parmi les figures qui décorent l'escalier principal, on en Toit deux que la richesse de leur costume distingue de toutes les autres : ce sont les anciens propriétaires de l'hôtel, Jacques Cœur et sa femme, Marie de Léodepart; Jacques Cœur, bien reconnaissable à son camail semé de coquilles, tient d'une main un marteau, de l'autre un bouquet qu'il semble offrir à sa femme. Ce marteau indique, je crois, ses fonctions comme maître des monnaies.
La salle à manger, aujourd'hui la Cour d'assises, a moins souffert que les autres; du moins, on a respecté ses proportions primitives. On y remarque une tribune pour les musiciens, accompagnement alors obligé de tous les repas de cérémonie. Vers le milieu de l'aire de la salle, une large dalle couvre l'entrée d'une cave destinée, dit-on, dans la prévoyance de quelque catastrophe imprévue, à renfermer l'argenterie et les meubles précieux. Peut-être, si l'on enlevait le crépi moderne appliqué sur les murs, retrouverait-on dessous quelques débris de l'ornementation qui devait couvrir les parois.
J'ai examiné avec beaucoup d'intérêt un bas-relief fort mutilé qui représente une galère. Enlevé depuis longtemps à l'une des salles principales de l'hôtel, il est déposé aujourd'hui dans un coin du greffe. Il représente, si l'on en croit la tradition, la galère de Jacques Cœur, et c'est un modèle de la capitane à boni de laquelle il mourut, vraisemblablement exécuté par l'ordre de son petit-fils. Le navire porte à la poupe une tour à plusieurs étages surmontée d'une plate-forme; la proue a une autre tour; mais moins haute. Il y a deux mâts, chacun d'une seule pièce; le plus grand ayant à son sommet une hune, assez semblable à un baquet, remplie de soldats qui lancent des projectiles enflammés, peut-être du feu grégeois. Les rameurs sont armés de toutes pièces, et l'artimon porte le pavillon de la France à trois fleurs de lys seulement. Je n'ai vu ni artillerie, ni machines de
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guerre; car je ne regarde pas comme des sabords de petites ouvertures percées à la poupe et à la proue. Ce sont, je crois, les fenêtres des appartements intérieurs.
Les toits du palais ont conservé quantité d'ornements et de statuettes en plomb, exécutés avec beaucoup de soin, malgré la hauteur à laquelle ils étaient placés. On doit noter la forme des tuyaux de cheminée, qui représentent des colonnes en faisceaux avec un chapiteau de feuillages frisés ; assurément cela vaut mieux que les tuyaux de tôle qui déshonorent nos plus beaux monuments modernes.
PIÈCE N° 4kh. 427
PIÈCE N° 4biV
( nîorri .)