‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au XVe siècle; étude historique précédée d'une notice sur la valeur des anciennes monnaies françaisesChapitre 44 sur 327 · ET DE MONTPELLIER · texte numérisé non relu

ET DE MONTPELLIER

conseiller et maître d'hôtel du roi René, et chambellan dn duc de Galabre1.

A quelque distance de Marseille et sur la route de Barcelone, dont la prospérité égalait, si elle ne la surpassait, celle de Gènes, sa rivale implacable, s'élevait, non loin du littoral, une ville où se concentrait alors presque tout le commerce extérieur de la France. Bâtie à près de deux lieues dans les terres, Montpellier, dont le nom est destiné à offrir un éternel sujet de controverse aux étymologistes *, était reliée à la mer par un étang et par la petite rivière du Lez, à l'embouchure de laquelle se trouvait le port de Lattes. Un Juif espagnol, Benjamin de Tudèle, qui la visita au douzième siècle, l'a décrite comme il suit : « Le port de Lattes est beau et bien commode et le port t Sarrasin contribue à sa gloire. Les chrétiens et les maho- ■ métans y abordent des Algarves, de la Lombardie, du « royaume de la grande Rome, d'Égypte, de la terre d'Ist raël, de la Grèce, de la Gaule, de l'Espagne, de l'Àngle- « terre : mesme les Indes et l'Ethiopie qui commercent • d'antiquité avec Lisbonne et Marseille y paraissent queli quefois, et fort souvent des marchands de la Grande-Ara ménie et de la Perse la plus reculée 8. »

L'organisation municipale et commerciale de Montpellier favorisait du reste, autant que sa position géographique,

1 Juliany, Esini sur le commerce de Marseille, t. I, p. 32 et auiv* Excellent ouvrage, abondant en documents historiques et statistiques d'un véritable intérêt.

* Voici les trois versions sur lesquelles s'est établi le débat : Mons peetlantm, mons pessulanus, mons pelterius; jusqu'à prénent la question est restée fort obscure, et il n'est pas probable qu'on arrive Jamais à une solution satisfaisante.

» Herre Gariel, Idée de la ville de Montpellier recherchée et présentit aux honnêtes gens ; Montpellier, 1665, in-4, p. 4.

SERMENT D'UN CONSUL EN 13iG.

l*esprit entreprenant de sa population. En 1293, six consuls, nommés tous les ans, administraient la ville et jugeaient les contestations commerciales. Cinquante-trois ans plus tard, en 4346, les consuls de Montpellier députèrent un de leurs collègues, Étienne Lobet, à Constantinople, o pour mieux régler, disait la délibération, la négociation « du Levant et pour accommoder quelques différends de « nos trafiqueurs. » Le serment que prêta, à cette occasion, Étienne Lobet peint tout à la fois les caractères et les mœurs du temps. « Moy, Estienne Lobet, consentant à « l'élection qui a esté faite de ma personne, du mandement « et à la réquisition de messieurs les consuls de Montpel- « lier, je reçois l'office de ce nouveau consulat, à l'honneur a de Dieu et pour la commodité des marchands et de toute « la société de Montpellier et de France, et je jure, sur les « saints Évangiles de Dieu que je touche corporellemcnt, « que je me comporterai dans les fonctions de ma charge « en homme de bien et loyal marchand et chef des mar- « chands, et que, de toutes mes puissances, je procurerai « l'honneur el l'avantage de mes compagnons et associés, « sans faire rien dans la fraude, mais tout dans la bonne « foy. Ainsi me soit Dieu en ayde 1. »

Dans les environs, deux villes, Narbonne et Aigues- Mortes, eurent, par intervalles, quelque importance commerciale. Néanmoins les principaux établissements, les comptoirs étrangers étaient à Montpellier, qui avait aussi des foires célèbres où le Languedoc, le Gévaudan, le

1 Pierre Gariel, loc. c/f., p. 74. — Il convient d'ajouter que des actes du même genre étaient demandés, au moyen âge, à tous ceux qui étaient investis d'une autorité, d'un commandement quelconque, ce qui devait, naturellement, alTaiblir quelque peu la portée morale de ce* sortes de serments.

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