‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au XVe siècle; étude historique précédée d'une notice sur la valeur des anciennes monnaies françaisesChapitre 9 sur 327 · SE · texte numérisé non relu

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i On peut aisément, à l'aide de cette table, calculer la valeur de la livre actuelle do France dans les différents temps et les périodes qui y sont rapportées. Ainsi, il parait que la livre actuelle ne vaut que 3 deniers 3/5 du temps de Charlemagne, et qu'un million du temps de Charlemagne valoit 66,200,000 livres de la monnoie actuelle.

a La proportion de valeur des livres de différents règnes, les unes avec les autres, se connoit aussi très-aisément par cette table. Ainsi, on trouvera que la livre sous François I,r ne valoit

lonne du prix du mire d'argent indique la moyenne de ce prix , ou tout au moins le prix habituel durant une époque déterminée. Or, chacun aail avec combien de précaution U faut se servir des moyennes.

VALEUR

que 7 sols 6 deniers du temps de Charles V, el qu'au contraire, la livre sous Charles Y valoit 2 livres 13 sols 4 deniers de la mon noie du temps de François

« En faisant ces évaluations, il faut toujours se rappeler qu'après la découverte de l'Amérique, on apporta, dans le seizième siècle, une si grande quantité d'argent en Europe, que la valeur de l'argent fut réduite au tiers de ce qu'elle étoil auparavant ; de sorte qu'après i 60o, la même quantité de la même espèce de marchandise coûtoit trots fois autant d'argent qu'elle faisoit avant 4500 K Cette grande abondance d'argent, jointe à la réduction de la livre numéraire ou do compte, est la cause de la disparité surprenante que l'on remarque entre le prix actuel des denrées et la valeur de ces mêmes denrées dans les siècles passés. »

L'illustre auteur des Kecherclies sur la richesse des nations, Adam Smith, reconnut, en 1776, qu'on ne pouvait apprécier les valeurs réelles de différentes marchandises, <f un siècle à un autre, d'après les quantités d'argent qu'on en avait données. Il fut d'avis, en outre, qu'on ne pouvait, non plus, les apprécier, d'une année à l'autre, d'après les quantités de blé qu'elles avaient coûté, les variations de celte denrée étant quelquefois très- fréquentes et considérables dans un temps fort limite* : mais il lui parut que, d'un siècle à Vautre, le blé était une meilleure mesure que Cargent ». Adam Smith constata, de plus, l'augmentation progressive de la valeur de l'argent relativement à celle du blé, et l'expliqua comme il suit : « Sur la fin du quinzième siècle, et au commencement du seizième, la plus grande partie de l'Europe s'avançait déjà vers une forme de gouvernement plus stable que celle dont elle avait pu jouir depuis plusieurs siècles. Une plus grande sécurité devait naturellement accroître l'industrie et tous les genres d'amélioration, et la demande des métaux précieux, comme celle de tout autre objet de luxe et d'ornement, devait naturellement augmenter à mesure de l'augmentation des richesses ». » Revenant, dans un autre chapitre, à

1 C'est cette différence qui constitue ce que l'on a appelé dépota pouvoir de l'argent. — Set pion de Graraont avait dit huit fois, en parlant, il est vrai, du règne de Charles V, soit de 1364 à 1380.

> Recherches sur la nature et tes causes de la richesse des nations, liv. 1, chap. Y, édition GuiUaumin, p. 47.

3 Ibid., liv. I, chap. IX, p. 232.

DES ANCIENNES MONNAIES. XLIX

l'idée qu'il avait déjà exprimée au sujet de la facuKé qu'il attribue au prix moyen des grains de servir d'étalon pour l'appréciation des valeurs, Adam Smith ajoute que, a dans tous les différents degrés de richesse ou d'amélioration de la société, le blé est une mesure de valeur plus exacte que toute autre marchandise1. »

L'auteur d'un mémoire couronné en 1789 par l'Académie des inscriptions et belles-lettres, Gliquot de Blervache, traita, à propos de la condamnation de Jacques Cœur, la question relative à la valeur intrinsèque des monnaies vers le milieu du quinzième siècle. « Jacques Cœur, dit-il, fut condamné à 100,000 écus d'amende envers les peuples et à 300,000 envers le roi. L'écu d'or était de 70 4/2 au marc et le marc d'or valait 97 livres 1 5 sous. 1 00,000 écus à 70 1/2 au marc font 1,418 marcs 1/3, lesquels, à 97 livres 15 sous, font 138,009 livres de ce temps-là. Les écus dont il s'agit étaient fabriqués avec de l'or à 23 karats 1/2 ou 23 karats 3/4. L'or, à ce titre, vaudrait à présent environ 800 livres le marc.

a Ainsi, 100,000 écus d'or de ce temps-là représenteraient, monnaie d'aujourd'hui 1,134,400 liv.

« Et les 300,000 écus 3,403,200

« Ensemble. . . . 4,537,600 liv. » »

1 Liv. I, chap. XI, p. 238, — Un des commentateurs d'Adam Smith , Buchanan , avait fait à ce sujet la réflexion suivante ; « Le prii du blé ne règle pae le prix en argent de lous les autres produits bruts de la terre ; Il ne règle ni le prix des métaux , ni celui de beaucoup d'autres matières premières; et comme il ne règle pas le prix des métaux, ni de beaucoup d'autres matières premières, il ne règle pas non plus celui des objets manufacturés. • Mais un autre commentateur, qui a été en outre le traducteur d'Adam Smith , le comte Germain Garnier, a combattu l'assertion de Buchanan dans une trèslongue note à laquelle je ne puis que renvoyer le lecteur, et qui se termine comme il suit : « Il ne faut voir dans l'argent que du travail fait , qui a été payé par des subsistances et qui vaut ce qu'il a été payé. Ce qu'on nomme le prix du blé en argent est l'expression la plus simple et la plus immédiate de la valeur de l'argent ; c'est son évaluation faite en sa véritable monnaie; c'est pour cela que lorsqu'on veut apprécier l'argent dans les temps anciens, la seule méthode est de l'évaluer en blé. Dire que le prix du blé en argent ne règle pas lous le* autres prix en argent, c'est briser le seul lien qui mette en rapport entre elles les diverses valeurs dont se compose la circulation, s

* De Vitat du commerce intérieur et extérieur de la France depuis

VALEUR

On voit, par ce qui précède, que, malgré les démonstrations de Scipion de Gramont, de Quesnay, du Journal (économique et d'Adam Smith, Cliquot de Blervache, se préoccupant exclusivement du poids et du titre des monnaies, ne tenait aucun compte de la différence du pouvoir de l'argent aux deux époques qu'il comparait.

Dans une étude estimée sur le Crédit public et les dettes publiques, Dufresne Saint-Léon constate que l'intérêt de l'argent, qui était, en 4514, au denier 12, c'est-à-dire à 8 4/3 pour cent, est aujourd'hui à 5 pour cent; et qu'une somme de f 44 livres qui, placée en 4514, rapportait 42 livres de revenu représentant le prix de 420 boisseaux de blé, remboursée aujourd'hui et replacée à 5 pour cent, rapporterait 7 livres 4 sous de rente, ou à peu près la valeur de 4 boisseaux de blé. « Il résulte de là, dit Dufresne Saint-Léon, que l'argent ou les rentes numéraires ont été atténuées depuis 4544 par l'affaiblissement des monnaies, l'augmentation du prix des choses et la diminution de l'intérêt de l'argent en France, dans la proportion de 30 à I . — Placée en acquisition de terre (au denier 45), cette somme de 144 livres aurait rapporté 9 livres 42 sous, prix de 93 boisseaux de blé, suffisants pour la consommation de 3 années. — Aujourd'hui, la même somme de 444 livres, placée en terre à raison du denier 30, rapporterait environ 3 livres 8 sous, pour lesquels on n'aurait que deux boisseaux de blé, ce qui ne suffirait pas à la consommation d'un mois : avilissement de 40 à 4 , y compris l'affaiblissement des monnaies. La même somme de i 44 livres en poids (c'està-dire le poids en argent qu'aurait donné cette somme en 4544) formant 648 livres en monnaie actuelle, placée en terre à raison du denier 30, produirait environ 49 livres dix sous ou treize boisseaux, ce qui donne environ le rapport de six et demi ou sept à on a

Quesnay et Adam Smith avaient, on l'a vu, posé en principe la fixité de la valeur du blé. Le comte Germain Garnier embrassa complètement leur doctrine, et la développa en 4819 dans un excellent ouvrage sur la monnaie des peuples anciens. Il établit que le prix moyen du grain avait été, sous les premiers rois

ta première croisade jusqu'à Louis X//, dans la Collection de mémoires\ etc., de Leber, t. XYI.

1 Étude du crédit public et des dettes publiques , p. 274.

de Rome, le même que plus lard, pendant la république, sous Constantin, sous Cbarlemagne et sous Louis XI, et que le rapport entre le blé et l'argent n'avait été modifié que par suite de la découverte du nouveau monde, laquelle avait procuré les métaux précieux aux nations à un sixième environ de la quantité de travail qu'ils leur coûtaient auparavant. Suivant lui, les mercuriales du prix des grains, tant en France qu'en Angleterre, constatent, de la manière la plus authentique, que, depuis 250 ans, deux gros d'or ou trente gros d'argent fin sont le prix moyen d'une mesure de blé du poids de 240 à 250 livres. Il ajoutait que pour s'assurer de la valeur de l'argent à deux époques comparées entre elles, il fallait recourir au prix moyen du blé en argent à chacune de ces époques. Relativement à la valeur comparative des monnaies, le comte Germain Garnier formula ainsi son système : « Toute chose échangeable qui, dans les écrits des anciens, et généralement dans tout acte antérieur à l'époque où la circulation du monde commerçant fut desservie par l'or et l'argent de l'Amérique, se trouve évaluée en monnaie du temps, doit dire aujourd'hui portée à six fois celte évaluation, lorsque nous voulons connaître quelle était alors la valeur réelle d'une telle chose, quel degré de richesse ou de puissance sur le travail d'autrui elle conférait à celui qui en était le possesseur, quelle privation s'imposait celui qui consentait à s'en dessaisir pour en (aire don, enfin, quel était le vrai rapport de cette chose avec les autres valeurs consommables »

Comme Quesnay, Smith et le comte Garnier, Jean-Baptiste Say admit que, de toutes les marchandises évaluables, le blé était celle dont la valeur avait le moins varié. Il compara une quantité de blé avec une quantité connue d'or ou d'argent à une époque donnée, et il détermina, du moins approximativement, quelle avait été la dépréciation des métaux depuis les temps anciens jusqu'à ce jour.

D'après ses calculs, la quantité de blé contenue dans un hectolitre avait dû, à diverses époques, s'échanger contre une quantité d'argent fin qui était de :

1 Germain Garnier, Histoire de la monnaie depuis les temps de la plu* haute antiquité jusqu'au règne de Charlemagne, t. I, p. lxxiii, Lxxixet57; t. 11, p. 355.

LU

VALBUR

245 grains

sous Charlemagne.

sous Charles VII, vers 1450.

en 1514.

en 1536.

en 1610.

en 1640.

en 1789.

en 1820.

Dans l'opinion de Jean-Baptiste Say, en corrigeant les unes par les autres les données plus ou moins imparfaites qu'il avait été possible de recueillir sur le prix du blé en argent, antérieurement à la découverte du nouveau monde, on pouvait les réduire à une donnée commune de 268 grains d'argent fin pour un hectolitre de froment. Or, comme il en faut donner actuellement six fois autant, il en concluait, comme le comte Garnier, qui était arrivé au même résultat par des calculs différents, que la valeur propre de l'argent avait décliné dans la proportion de six à un.

D'un autre côté, Dupré de Saint-Maur ayant fait observer, dans son Essai sur les monnaies, que, depuis le commencement du treizième siècle, la capacité du setier de Paris était toujours restée à peu près la mùme, Jean-Baptiste Say basa sur ce fait le raisonnement suivant : Le setier, dit-il, approche beaucoup d'un hectolitre et demi. Le prix moyen de l'hectolitre étant de 19 francs, le prix moyen actuel du setier est de 28 francs 50 centimes. On peut donc, quel que soit le prix du setier, à partir du treizième siècle, traduire ce prix par 28 francs 50 centimes d'aujourd'hui. Jean-Baptiste Say calcula, en outre, ce qu'un florin d'or de Florence, dont la valeur approximative était de 60 francs 13 centimes, aurait acheté de blé au quinzième siècle, et, conformément à la règle qu'il avait posée, il évalua à 28,277,000 francs de notre monnaie la valeur de 470,274 florins d'or qu'avaient laissés à leur mort Cosme et Laurent de Médicis *.

Jusqu'alors, on l'a vu, le prix du blé seul avait été adopté pour déterminer la relation entre la valeur des monnaies à

1 Cours complet d'économie politique pratique, etc., IIIe partie, chap. XIV i édition Guillaumin, p. 429 et suiv.

deux époques différentes. Un savant* illustre, de Pastoret, pensa avec raison que la comparaison du prix des blés à ces deux époques ne suffisait pas et qu'il fallait aussi tenir compte de la valeur des autres objets de consommation, du prix des salaires, etc. « Les tables du marc d'argent, dit à ce sujet de Pastoret, sont suffisantes lorsqu'on ne veut calculer que la différence des valeurs intrinsèques. Mais si l'on voulait apprécier la différence réelle des monnaies et leurs rapports avec les habitudes privées et la fortune publique, il faudrait y joindre un aperçu du prix des objets de consommation, de celui de la maind'œuvre, de celui des salaires, de celui des fermages. Cet aperçu serait fort difficile à établir, je le sais, mais il est indispensable pour une appréciation exacte, et fournirait seul des données nécessaires à ceux qui s'occupent de notre histoire »

Dans un intéressant travail qu'ils publièrent en 1835, sur un siège que la ville de Metz eut à soutenir, dans l'année 1444, de la part du roi Charles VII et de René d'Anjou, MM. de Saulcy et Huguenin firent un pas dans la voie indiquée par de Pastoret. Seulement, ils s'appuyèrent exclusivement sur la valeur comparée d'une journée d'ouvrier terrassier au quinzième et au dixneuvième siècle. Les recherches auxquelles se sont livrés à ce sujet MM. de Saulcy et Huguenin se rapportent à l'époque qui fait plus particulièrement l'objet de cette notice, je reproduis le passage relatif au mode d'évaluation qu'ils ont employé.

m En comparant, disent les auteurs de la Relation du siège de Metz, les valeurs relatives du numéraire en circulation dans l'année 1444 et du numéraire en circulation en 1835, nous trouvons que le prix de la journée d'un ouvrier terrassier était à Metz, vers 1444, de 4 deniers messins ou d'une bugne, ce qui, en ne tenant pas compte de la très-petite portion d'alliage, nous donne, en poids, 18 grains d'argent fin pour la journée de travail.

« En 1835, le prix de la journée de travail de même espèce est moyennement de 1 fr. 20 c. ; ce qui nous représente une somme de 113 grains d'argent fin, en négligeant encore les fractions.

a Or, le rapport de 18 à 113 est de un peu plus d'un sixième.

• Ordonnance» du rois de France, t. XX, préface; cité par Leber; voir plus loin.

VALEUR

Il s'ensuit que, pour nQus rendre compte de la valeur réelle de toutes les sommes citées dans celte relation, nous devrions en chercher la valeur matérielle au cours actuel de l'or et de l'argent, et sextupler la somme trouvée...

« D'après ce moyen d'estimation, le franc ou florin d'or représentait une somme de 72 francs de notre monnaie actuelle.

« Le sou messint qui en était le douzième, valait, par conséquent, 6 francs.

« Le gros valait 3 fr. 40 c

« Le denier »* 37

« Enûn, la livre.' 420 »

« Notre calcul se trouve confirmé dans un article du Journal œconomique du mois de mars 4760. Nous y lisons que la livre de compte de 4760 aurait valu 5 livres 13 sous 6 deniers, sous Charles VII. On voit que ce résultat est, à fort peu de chose près, celui que nous avons obtenu K »

Deux ans après, un des hommes dont la profonde érudition pouvait le mieux éclairer cette intéressante question, le savant Guérard, lut à l'Académie des inscriptions et belles-lettres un important mémoire sur le Système monétaire des Francs sous les deux premières races *. Dans une série de propositions relatives à ce système, Guérard prouva, entre autres faits, à l'aide de documents authentiques, et en raisonnant d'après le prix comparé des blés, que, relativement à l'époque actuelle, la valeur de l'argent était, en 794, dans la proportion de 40,73 à 4. « Pour avoir, ajoute Guérard, la valeur relative des monnaies de l'an 794, et probablement des monnaies plus anciennes, nous devrons

1 Relation du siège de Metz en 1444 par Charles VU et René d'An* jou, publiée sur les manuscrits originaux, par MM. de Saulcy et JIuguenin. Metz, 1835, p. 8, note. — On volt, par l'estimation de MM . de Saulcy et Huguenin, que le franc d'or ou florin aurait représenté 72 fr. et la livre 120 fr. de notre monnaie actuelle. Cette estimation est, de beaucoup, la plus élevée qui ait été faite à ce sujet. L'on doit conclure de là que l'abaissement de la valeur propre de l'argent, dans la proportion de 6 à 1 , ne peut servir de base pour toutes les évaluations et que cette règle est sujette à des exceptions peut-être nombreuses.

» Vovei Revue de la numismatique Jrançaise, dirigée par HM. Cartier et de La Saussaye, année 1837, p. 406 et sulv.

multiplier par 10,73 leurs valeurs intrinsèques quo nous avons précédemment déterminées i. Cette multiplication donue 2 fr. 49 cent, pour la valeur relative du denier mérovingien ; 2 fr. 83 cent, pour celle du denier de Pépin ; 3 fr. 89 cent, pour celle du denier de Charlemagne; et pour celle du sou d'or, 99 fr. 53 cent. ». »

1 Voici , d'après Guérard , la valeur intrinsèque des monnaies sous les deax premières races :

den. f. c i. d'.rg, f. t. *.4'or. f. e. 1. d'.r£. f. e. 1. 4'*r. f. e.

Anat Tan 755, I • 83 — I 2 78 — 1 9 28 — f 69 57— 1 791 59

De 755 à 778, i • 26 — I 3 16—. • .—1 69 57—» • i

Après 778, 1 • 36 — 1 4 35 — . . .- 1 S6 97— » »

* Après la fin du huitième siècle, le pouvoir de l'argent diminua sensiblement. Guérard fait connaître, d'après Eginhard, quelle fut la cause de celle diminution. « Les Francs, dit ce dernier, dans sa Vie de Charlemagne, rapportèrent de leurs guerres contre les Avares et contre les Huns, terminées en 799, tant d'or et d'argent, que, de pauvres qu'ils avaient été jusque-là, ils se trouvèrent regorger de richesses. Ainsi, les dépouilles accumulées pendant plusieurs siècles par ces spoliateurs des nations étant tombées au pouvoir des Francs, rendirent chez eux les métaux précieux plus abondants, et occasionnèrent dans leur empire un enchérissement subit des denrées. » Enfin, Guérard établit, par la valeur comparée du blé aux deux époques, que la valeur de l'argent en 806 n'était plus que sept fois et un tiers environ plus forte qu'elle n'est aujourd'hui. — Voici, d'après Guérard, la valeur relative des monnaies sous les deux premières races :

f. e. t. d'an;. *• *>d'«t. L e» l.a'aif. L «• 1.4'or. f. e. ATtntTan755, 1 2 49—1 29 86—1 99 53—1 746 50— t 1,493 50

dra f. e. t. d'.rt. f. c, 1* d'irg. f. e.

De 755 à 778, I 2 83 — 1 33 93 — 1 746 50 De 779 à 799, 1 3 88 — 1 *6 65 — 1 933 • Depoia l'an 800 1 2 66 — 1 31 91 - 1 638 30

Prix des deux premières races convertis en prix actuels , par Guérard, d'après les règles ci-dessus exposées :

Temps antérieur a l'an 800. — Prix d'un esclave exerçant un métier d'ouvrier en fer, d'orfèvre, charpentier ou charron, 25 sous, en valeur actuelle 2,488 fr.

D'un bon bœuf, 2 s. = 199 fr.; d'un bon cheval, 6 s. = 597 fr.; d une bonne jument , .3 s. = 299 fr.

VALEUR

Vers l'époque où paraissait le mémoire de Guérard, un élève de l'École des CbaTlres, H. Géraud, faisait remarquer qu'en supposant l'existence d'une denrée dont la valeur intrinsèque n'eût pas varié depuis 1292, on aurait eu à cette époque, pour une certaine somme d'argent, une quantité de cette denrée qu'on n'obtiendrait aujourd'hui qu'avec une somme cinq fois plus forte*. Trois ans plus tard, Guérard aborda de nouveau, mais subsidiairement, la question de la valeur relative des monnaies, dans ses Prolégomènes du cartulaire de r abbaye de Saint-Père de Chartres *. Il établit à cette occasion, d'une part, que la livre monétaire du douzième siècle pesait beaucoup moins que celle de Charlemagne, dont le poids s'élevait à 408 grammes ; qu'elle n'excédait même notre demi-livre actuelle que de 4 grammes, et que l'on taillerait dans notre livre entière un peu plus de 39 sous de Louis VI ou de Louis VU ; d'autre part, qu'en multipliant par 100 les prix stipulés dans les ventes ou marchés de la fin du douzième siècle, on devait avoir leur valeur moderne. « On doit conclure de ce qui précède, ajoutait-il, que le pouvoir de l'argent est de nos jours quatre fois plus faible qu'il ne l'était à la fin du douzième siècle. En effet, nous avons vu que la valeur in-

L'opération de la cataracte, lorsqu'elle avait réussi, devait être payée au médecin 5 s. = 498 fr.

Prix d'un cheval étalon, 12 s. = 1 194 fr.; d'un cheval ordinaire, 6 8. = 597 fr.; d'une vache ordinaire, 1 a. = 100 fr.; d'un chien chef de meule, 3 s. = 299 fr.; d'un chien courant, 12 8. — 11 94 fr.; d'un bon chien de porcher, d'un lévrier ou d'un chien de berger, 1 a. = 100 fr.

Dans le sixième siècle, d'après Grégoire de Tours, prix d'un esclave ordinaire, 12 s. = 1194 fr.; d'un ecclésiastique mis en vente, 20 a. = 1991 fr.

Temps postérieur a l'an 800. — Prix d'un jeune porc , 4 déniera = JO fr. 65 c; d'un bœuf, 8 s. = 255 fr. 30 c; d'une brebis avec son agneau, 12d. = 31 fr. 90 c; d'une livre ou 408 grammes de lin, 1 s. = 31 fr. 90 c. (ce qui met le kilogramme à 78 fr. 20 c).

« Paris sous Philippe le Bel (le rôle de la taille en 1292). 1 vol. in-4°, publié en 1837 et faisant partie de la collection des Documents inédits sur l'histoire de France; p. 566.

Collection des documents inédits sur l'histoire de France ; Cartulaire de l'abbaye de Saint-Pire, t. 1, préface, p. CLXXXVll eteuiv.

triosèque des monnaies de même nom était, à cette époque, vingt-cinq fois plus grande qu'aujourd'hui, c'est-à-dire qu'une livre d'alors vaut intrinsèquement 25 livres actuelles, 1 sou 25 sous, i denier 25 deniers, et nous venons de voir que, dans le commerce, une monnaie ancienne avait autant de valeur que cent monnaies modernes de la même espèce : donc il faut multiplier par 4 la valeur intrinsèque pour obtenir la valeur extrinsèque ou commerciale ; donc le pouvoir de l'argent s'est abaissé de 4 à 1 . »

Les économistes italiens ont envisagé la question de la valeur relative des monnaies au même point de vue que Quesnay, Smith, Germain Garnier, Jean-Baptiste Say, et ils ont vu dans le prix du blé le véritable, l'unique moyen de se rendre compte de la différence du pouvoir de l'argent à deux époques données. « Le blé, a dit l'un d'eux, est l'unique objet dont le prix n'a pas subi de variation depuis plusieurs siècles. En effet, bien qu'il y ait, d'une année à l'autre, une différence dans les prix, cependant, si l'on en réunit un certain nombre, on trouvera qu'il n'y a pas eu de variation depuis un long cours de temps *. » D'après un économiste italien contemporain, M. Louis Cibrario, la mesure commune pour comparer la valeur des anciennes monnaies avec la valeur de celles en usage est le blé qui satisfait au premier, au constant, à l'universel besoin des hommes, et qui s'équilibre sans cesse avec le nombre et les conditions des populations. M. Cibrario croit, d'ailleurs, contrairement à une opinion généralement admise, que la valeur des choses a peu varié depuis le moyen âge, et qu'on se procure aujourd'hui, avec une quantité d'argent égale, les mêmes services qu'il y a quatre siècles. Suivant lui, les calculs antérieurs ont été faits d'après des bases erronées. « On verra, dit-il, par les tableaux que je donne, que la somme strictement nécessaire pour la vie, comme, par exemple, pour la nourriture des prisonniers, des villageois, et pour l'achat de divers objets de première nécessité, était, à très-peu de chose près, au quatorzième siècle ce qu'elle est aujourd'hui ». »

1 Pagninl, Del prexxio délie coie, cité par M. Louis Cibrario dam son \\m Délia cconomia politica del medio evo. 1 vol. to-8, Turin, 18S9.

' Délia fconomia, etc., cap. VU , p. 469 et 479. — M. Cibrario est, j e crois, teul de cette opinion ; je dois ajouter qu'il se borne à énoncer,

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