Ihid
C'est enfin dans ce collège des Jésuites de Toulouse qu'il reçut cette connaissance du grec qui devait lui permettre d'aborder plus tard le texte de l'orateur athénien, sans recourir, comme l'auraient fait la plupart de ses contemporains, à quelque traduction latine des harangues de Démosthène. C'est que l'étude du grec, dans la seconde moitié duxvir siècle, si elle était tombée en pleine décadence dans les collèges de 1 Lniversité, était encore en faveur chez les Jésuites. On n'était plus au temps où un écolier pouvait dire : « Quand j'aurai reçu de l'argent, j'achèterai des livres grecs d abord, et après, des vêtements. » Mais il nétait pas un élève chez les Jésuites du xvu'' siècle qui n'apprît à lire Démosthène, Plutarque, Hérodote, Xénophon, Homère, Eurijjide et Pindare. Quand les élè.ves de Rhétorique étaient assemblés dans la grande Salle des Actes pour prononcer des discours ou débiter des vers, c'était en grec, comme en latin, qu'ils jouaient leur petit personnage d'orateur ou de poète. Nous constaterons par l'exemple de Tourreil que les bons élèves, au sortir de ces établissements, pouvaient emporter une connaissance assez étendue de la langue et des chefs-d'œuvre de la Grèce.
Tourreil entrera donc dans la carrière des lettres avec les défauts et les qualités de cette instruction superficielle et brillante dont ses dispositions naturelles s'étaient on ne peut mieux accommodées. Dans ses premiers écrits, l'élève des Jésuites se retrouve tout entier ; et plus tard il se retrouve encore chez l'orateur qui verse dans ses discours « les fleurs à la corbeille ' » ; chez le savant qui commente souvent des riens avec prolixité ; chez l'historien qui se croit obligé, dans son étude de la Grèce au temps de Philippe et de Démosthène, de recourir à tous les artifices usités dans les collèges, tels que portraits et parallèles déclamatoires ; chez le traducteur enfin qui ne s'avise dabord que de former son style et