Tourreil ^1721. t. I, p. xviii
de devenir un orateur aux dépens de son modèle. Et ce n'est que lentement, sous l'inflvience de causes diverses, fort intéressantes à étudier, que le traducteur-écrivain s'affranchira des préjugés de son siècle, dégagera peu à peu sa personnalité, et se fera une place nouvelle et proprement à part dans la nombreuse phalange des traducteurs et des savants : par une longue et singulière évolution l'ancien élève des Jésuites, formé par eux à la discipline et à l'obéissance, rejettera l'erreur des d'Ablancourt, et l'infatigable traducteur deviendra une sorte de novateur.
Tourreil en quittant le collège eut un instant l'intention d'embrasser la profession des armes, et il est permis de croire que 1 on n'eut pas grand'peine à le détourner de cette voie par l'attrait brillant de la carrière du barreau. De Boze nous apprend « qu'on ne put le retenir que par l'exemple de ces Romains fameux, qui avaient longtemps brillé dans le barreau, avant que de paraître à la tête des légions » et que (( charmé d'entrer dans un parallèle si flatteur, il se contenta de se faire appeler M. le Chevalier de Tourreil, et demanda à venir à Paris, pour se perfectionner dans l'étude du droit et des belles-lettres ' ». Il vint donc à Paris et y fut reçu par son cousin, Gaspard de Fieubet, qui jusqu'à sa mort lui tint lieu de père. Le goût qu'il prit à l'étude du droit et surtout des belles-lettres « effaça bientôt celui qu'il avait eu pour les armes '^ ». La belle maison de M. de Fieubet, située au c[uai des Célestins, inspira le jeune homme à peine arrivé de sa province et lui fit commettre la pièce de 18o vers latins que Massieu, en exécuteur testamentaire plus que fidèle, inséra plus tard dans les OEuvres complètes du célèbre traducteur.