Ibid., p. XX
eu qu'à choisir les endroits où chacun d'eux a le mieux rencontré '. » Nous voilà autorisés à nous montrer quelque peu exigeants à l'égard de Millot. Dans une note qu'il a mise au bas d'une page de son texte, il cite ces mots de d'Alembert : « Pour critiquer avec justice un traducteur, il ne suffit pas de montrer qu'il est tombé dans quelque faute, il faut le convaincre qu'il pouvait faire mieux ou aussi bien sans y tomber '-. » Il nous reste donc à vérifier si Millot avait quelque raison de croire sa traduction moins imparfaite que celle de Tourreil .
Il est très supposable que seul en tête-à-tête avec Démosthène, il se soit trouvé bien des fois en cruelle posture, car il ne paraît guère qu'il sût le grec mieux que d'Olivet, et il fait bien de dire qu'il a eu besoin de Tourreil «. pour exécuter et pour entreprendre ». On ne trouverait pas au xviii'' siècle un seul traducteur qui ait eu autant que Tourreil une juste et entière intelligence du texte de l'orateur athénien. Millot s'est donc réglé sur la version de son prédécesseur et d'autres après lui, comme avant lui, en ont usé de même. Il prend si bien Tourreil pour guide, que même dans l'expression de la pensée, plus d'une fois il s'approprie ses termes, quand il ne va pas jusqu'à prêter avec lui à l'auteur ce que celui-ci ne dit pas. D'ailleurs sa traduction, qui n'est pas de toute première main, s'éloigne plus du texte que celle de Tourreil : n'est-ce pas ce qui arrive à un peintre, lorsque, pour faire la copie d'un tableau, il est plus attentif à regarder une copie déjà faite que le tableau lui-même? Ainsi chez lui le sens s'émousse et s'affaiblit. Comme d'autre part il veut éviter toute surabondance, ce que d'Olivet appellerait bouffissures et intempéries, il tombe dans un autre défaut, il abrège ceci^ il élimine cela comme superflu et sans valeur. Croyant serrer de près
1. Perrault, Parallèles des Anciens et des Modernes, t. III, p. 329 (Lettre à Ménage), Paris, 1696.