Millot, ouv. cité, p. 1 et 2 ^en note
TRADUCTEUR DE DÉMOSTHÈISE 207
son modèle, « il l'étoutle », u il rétrau^le » : le mot est dAuger et Stiévenart le répète, ce qui n'est pas rare sous sa plume. Enfin, sous prétexte de <( réprimer des mots l'ambitieuse emphase », il rend à la langue de Démosthène quelque chose de sa simplicité, mais avec quelque chose en moins de sa vigueur et de sa force ; il écrit en un style assez facile et naturel, mais, comme dit Stiévenart, en un style « pâle et décharné ' ».
L'œuvre de d'Olivetet celle deMillot ne pouvaient remplacer celle de Tourreil. Un savant helléniste, traducteur infatigable, l'abbé Athanase Auger, reprit à son tour Démosthène, parce que (( personne n'avait encore entrepris de faire passer dans notre langue tout ce qui nous reste de cet illustre orateur ' ». 11 publia de 1777 à 1778 en six volumes in-8° tous les discours de Démosthène et d'Eschine. Aug'er a joui jusqu'au milieu du xix*^ siècle d'une estime que Tourreil a perdue depuis un siècle et demi. Sa traduction a été revue et rééditée par Planche en 1819 ; la traduction juxtalinéaire donnée en 1850 par une société de j)rofesseurs, qui est accompagnée d'une traduction dite correcte, ne présente en celle-ci qu'une copie d'Auger à peine retouchée. Cette préférence accordée à la version d'Auger sur celle de Tourreil se fonde en grande partie sur ce simple fait qu'elle est plus près de nous et qu'elle donne entière l'œuvre oratoire de Démosthène. La traduction de Stiévenart seule devait la détrôner. Mais cette version d'Auger avait-elle autrement droit à cette préférence ? Le discours préliminaire du traducteur offre les plus belles promesses : Auger y parle de l'art oratoire, de la tribune athénienne et de l'éloquence de Démosthène et d'Eschine en des termes que ne désa voudraient pas Tourreil et Fénelon, qu'il rappelle d'ailleurs et par l'idée et par la lettre. Le jugement