‹ Jacques de TourreilChapitre 115 sur 153 · Ilnd · texte numérisé non relu

Ilnd

d'avoir « dans sori analyse, d'ailleurs éloquente, de Déniosthène. fait ressembler l'orateur k un écrivain élégant du xv[ir siècle ' ->, Stiévenart toutefois ajoute « qu'après Fénelon, Laharpe a, le premier, fait sentir parmi nous le mouvement démosthénique » ; « sa version -de la Chersonèse a de l'élan ; malgré les contresens et les paraphrases, l'argumentation oratoire est serrée ; et la raison passionnée commence à trouver un écho moins infidèle ' ». Il est aisé en etïet de constater que Laharpe, se faisant par occasion l'interprète de Démosthène -^ s'est préoccupé avant tout de reproduire le mouvement de son éloquence, puisque « raisonnements et mouvements, voilà, dit-il, toute l'éloquence de Démosthène ». Là est tout son mérite, mais il n'est que là. Car, à l'exemple des traducteurs qui l'ont précédé dans la carrière, il n'envisage que par un côté l'obligation d'être fidèle à son auteur : l'un ne retient de Démosthène que sa grande simplicité, l'autre la force de son arg-umentation et la vigueur de son langag'e ; celui-ci se préoccupe essentiellement de conserver entière la teneur du discours, celui-là de lui garder, s'il le peut, cette allure qui vous emporte et vous subjugue. Donc Laharpe n'a vu qu'une chose, ce mouvement démosthénique que ses devanciers avaient manqué ou imparfaitement attrapé. Mais encore dans son application constante à suivre la marche du modèle, y a-t-il quelque recherche et même de l'exagération. Faute plus grave, l'interprète ne rend pas toujours tout ce qu'il voit dans son texte ; il ne le serre pas d'assez près, et il lui arrive fréquemment de supprimer, d'abréger, d'ajouter, d'amplifier : par là il appartient encore à la lignée des traducteurs de l'âge précédent. Le premier rang reste à ïour-

1. Villemain, Cours de LUI. française (Tableau de la littéralure au xviii" siècle ; 4 vol. in-8, Didier, Paris, 1863), t. III, p. 247.

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