‹ Jacques de TourreilChapitre 116 sur 153 · Stiévenart, ouv. cité. Préambule, p. v · texte numérisé non relu

Stiévenart, ouv. cité. Préambule, p. v

3. Laharpe, Cours de Littéralure ancienne et moderne (Paris, 1839;. T. III : Première partie, livre II : Éloquence, p. 233 et sq.

reil, dont la version, moins entraînante sans doute que celle de Laharpe, est en revanche plus exacte et plus fidèle.

La conclusion à tirer de cette revue des traducteurs de Déniosthène est que, pour faire une copie de Démosthène avec toute la ressemblance possible, il fallait qu'un traducteur réunît en soi toutes les qualités dont ont fait preuve tour à tour ces nombreux interprètes de l'orateur athénien. Mais ne semble-t-il pas qu a cet égard Tourreil a plus de droits qu'aucun autre à l'estime des lettrés et des savants, et qu'il ne lui a manqué que peu de chose, malgré ses défauts, pour atteindre cette perfection relative, surtout si l'on tient compte de ses ressources et de l'esprit de son temps?

Il faut arriver jusqu'au xix*^ siècle pour trouver la vraie méthode et les vrais traducteurs : alors renaissent ensemble l'histoire, la critique et l'art de la traduction : dans ces trois domaines de l'activité intellectuelle, qui se prêtent un mutuel secours, une révolution s'accomplit. Comme le dit fort bien M. Demogeot : « Chateaubriand avec son imagination de poète sentit que, derrière les pâles formules de nos historiens, il y avait eu des hommes, des nations ^ » Augustin Thierry, dont le génie s'illumine à la lecture des Martyrs fut un des premiers à restituer aux choses et aux hommes du passé leur véritable physionomie. Cette nouvelle conquête de la science et de la vérité étendit autour d'elle ses heureuses conséquences : la traduction, « qui est, dit M. Artaud, comme le préambule obligé de la science historique '^ » fut ramenée, elle aussi, à sa véritable fin et fondée sur une méthode rationnelle. Quand les grandes scènes de l'histoire ancienne furent

1. Demogeot, Histoire de la. Littérature française (Hachette, 1876), p. 629.

2. Artaud, Trad. de Sophocle. Avis sur la 3" édition, p. ii (Paris, Charpentier;.

renouvelées à nos yeux et replacées, pour ainsi dire, dans la pleine lumière du soleil, quand on compint dans son vrai sens cette civilisation ensevelie dans un passé lointain, on vit bien qu'il y avait une autre manière d'interpréter les anciens que celle de nos traducteurs des xvi"^, xvn'' et xviu'' siècles : de même qu'on demanda désormais à l'histoire des réalités, ainsi on demanda à la traduction non de faire connaître les ressources et les beautés de notre langue, mais de « reproduire si l'on peut dans notre langue les pensées d'un ancien avec leur forme originale et leur couleur native ^ ». Il s'agissait dès lors de traduire j^our traduire, non pour faire montre de son style et enseigner aux autres l'art d'écrire en français ; il s'agissait non de dépayser les Grecs et. les Romains, mais de familiariser à leur manière de penser et d'écrire la société moderne qui, par un juste amour du vrai, cherchait à pénétrer curieusement toutes les manifestations de la vie antique. L'autorité de quelques traducteurs éminents a consacré la méthode nouvelle comme une règle définitive et sûre : les Burnouf et les Artaud sont les pères de la traduction contemporaine. M. Victor Glachant dit avec raison dans une notice sur Stiévenart qu'Artaud semble avoir été le théoricien de cette méthode - : « Le système de traduction qui prévaut aujourd'hui consiste à se tenir le plus près possible du texte, à tâcher de le reproduire d'une façon adéquate, qualités et défauts ; à conserver la figure de l'original autant du moins que le comporte le génie de notre langue ; à ne pas céder à la tentation d'adoucir des nuances trop heiirtées, d'atténuer la brutalité des sentiments qui choquent les habitudes et les idées modernes : obéir à ce penchant, ce serait s'exposer à substituer une image de convention à vine image fidèle. Nul n'est chargé de corriger son auteur, de le rendre irréprochable

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