‹ Jacques de TourreilChapitre 118 sur 153 · Artaud, Trad. d'Euripide. Préi'ace, p. v · texte numérisé non relu

Artaud, Trad. d'Euripide. Préi'ace, p. v

A les considérer dans leur ordre chronologique, celle de Plougoulm (1834) se présente la première et nous ne craignons pas d'affirmer dès le principe qu'elle ne laisse à celles qui la suivent que le plus minime progrès à accomplir. Gomme on trouve d'ordinaire plus à dire pour le hlâme que pour l'éloge, quelques mots nous suffiront pour apprécier ce travail qui réunit à peu près toutes les qualités requises en la matière. Oui, il faut savoir gré k l'auteur « de la réforme de bon goût » qu'il a tentée ; il faut le féliciter d'avoir su trouver « le sentiment vrai de la simplicité antique ' ». Ne parlons pas de l'interprétation du sens qui est scrupuleusement établi ; un traducteur du xix*' siècle ne peut faillir à ce premier devoir. Mais nous sommes frappés de voir que le copiste attrape sans difficulté le mouvement de son modèle et qu'il le rend en une langue aisée, correcte, simple, claire et ferme : point d'effort apparent, point de recherche ; c'est de la bonne langue française et qui n"a pas cette gêne et ce faux-air qu'un traducteur a grand'peine k éviter. Tout au plus trouvera-t-on que la phrase prend quelquefois une tournure un peu oratoire.

La traduction de Stiévenart (1840) a joui pendant quarante ans d'une faveur incontestée ; mais, quoi qu'il en coûte de le dire, malgré ses grandes qualités, elle ne vaut pas sa réputation. C est k la forme seule que nous nous en prendrons : elle a du nerf et de l'allure, elle entraîne le lecteur par la facilité et la netteté de son élocution : mais elle trahit assez souvent la simplicité du modèle par la recherche de l'expression dont le modernisme fausse un peu le caractère de l'œuvre antique. Serait-ce que le traducteur n'a pas su écarter de lui les versions antérieures k la sienne et que, sans le vouloir peut-être, il en a subi la dangereuse influence ? On ne peut se défendre en le lisant de reconnaître fréquemment sous sa plume quelque chose de cette phraséologie académique qu'on reproche sou-

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