‹ Jacques de TourreilChapitre 119 sur 153 · Stiévenart, ouv. cité. Préambule, p. v · texte numérisé non relu

Stiévenart, ouv. cité. Préambule, p. v

216 JACQUES DE TOLRREIL

vent à Tourreil ; et faut-il aller jusque-là, on est obligé de s'avouer qu'il prend quelquefois à celui-ci, dont il aurait pu dire plus de bien, son expression et sa tournure de phrase, non pas seulement dans la troisième édition de son œuvre, mais même dans la seconde ; nous avons vu, en comparant les dernières versions de son prédécesseur, qu'il s'est une fois ou deux laissé aller tout comme lui à la tentation d'embellir et de paraphraser '. Sa traduction est bonne au demeurant, mais elle marque un pas en arrière, si nous la comparons à celle de Plougoulm.

Cette dernière semblait donc défier la concurrence tant que l'état de notre langue pouvait la rendre accessible au lecteur. Ce fut bien sans doute le sentiment de M. Dareste qui dans sa traduction des Philippiques n'a été pour cette partie de l'œuvre de Démosthène que l'éditeur de Plougoulm. S'il s'éloig-ne quelquefois, très rarement d'ailleurs, du texte de son devancier, c'est pour donner plus de littéralité, plus de précision, plus de simplicité même à l'expression, ou encore pour remettre plus rigoureusement un mot ou un membre de phrase à la place que lui donne le texte original. C'est le dernier coup de ciseau d'un maître qui parachève une œuvre déjà voisine de la perfection permise aux ressources d'un traducteur. Nous devons donc à Plougoulm et à Dareste de retrouver dans leur version l'écho le plus fidèle qu on ait jamais entendu de cette admirable éloquence d'un grand citoyen que le génie, nourri du patriotisme le plus pur, met à la tête des premiers orateurs de tous les peuples et de tous les temps.

Il semble malaisé de faire mieux, et la traduction de M. Poyard, tout excellente qu'elle est, ne saurait remplacer celle dont nous venons de parler : si elle la dépasse encore sous le rapport de la littéralité et de l'exactitude, elle lui reste inférieure par. le style dont la simplicité ne va pas sans un peu de lourdeur et dont la conduite ne donne pas au même

Page 1