Ihid, p. XXXVI et xxxvii
vrais savants. Quant aux arguments qu'il développe avec trop d'abondance pour recommander les Remarques du traducteur et forcer l'attention du public, ils nous impressionnent médiocrement : ils convenaient sans doute aux lecteurs de ce tempslà. Mais, quand il signale les défauts, ordinaires de ces notes dont les traducteurs grossissaient leurs volumes, et qu'il déclare communes, longues, ennuyeuses, pédantesques, et écrites avec beaucoup de négligence, il nous donne, sans en voir l'importance, les vrais raisons qui de nos jours expliquent l'indifférence du public pour tout cet attirail de remarques et d'observations plus verbeuses que substantielles et profitables. <( On ne trouve rien de semblable dans celles de M. de Tourreil, dit Massieu '. » Que vaut cette affirmation ? Nous aurons le plaisir de constater que la science du traducteur, après avoir été celle d'un compilateur prolixe, qui s'appuie sans contrôle sur l'autorité des anciens, devient ensuite celle d'un vrai savant qui exerce avec fruit sa critique sur les matières empruntées aux commentateurs et aux érudits qui l'ont précédé,
Cherchons à marquer en quelques traits le caractère et le but de l'érudition au xvn'- siècle, et nous jugerons si Tourreil n'a fait, comme tout le monde, que marcher dans la voie commune. Le xvii" siècle n'est pas à vrai dire un siècle d'érudition : il vit sur l'héritage que lui a légué l'âge précédent. Henri Estienne s'était écrié avec un légitime orgueil : « Postérité, tu pourras te reposer, nous travaillons pour toi. Tu dormiras paisible, heureuse de nos veilles. » Il prédisait juste. Cependant M. Léon Feugère, dans son Étude sur la vie et les ouvrages de Du Cange (Paris, 1852) dit en parlant du xvii*' siècle, que « cet âge privilégié a vu régner plus qu'aucun