‹ Jacques de TourreilChapitre 124 sur 153 · Ihid., p · texte numérisé non relu

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tension, les sujets les plus oiseux occupèrent encore l'attention de la docte comjjagnie. Massieu fera un jour un parallèle d'Homère et de Platon ; une autre fois il prononcera la (( Défense de la poésie » ; Boivin le Cadet traitera « De la vieillesse héroïque ou des vieillards d'Homère », analyse digne d'un bon rhétoricien ; un monsieur Galland, voulant discourir (' sur quelques anciens poètes et sur quelques romans gaulois peu connus », fera une simple nomenclature, indiquant le titre d'un ouvrage, le nom de son auteur, le lieu où il a été découvert, et citant à propos de chaque ouvrage dix ou douze vers, pour donner une idée du style; l'abbé de Tilladet dissertera « sur quelques endroits de Tacite et de Velléius Paterculus oii ces deux auteurs paraissent entièrement opposés sur les mêmes faits ». Après avoir déclaré, sur la foi de Cicéron, que « de toutes les qualités requises dans un historien, la première et la plus essentielle, c'est un amour sincère pour la vérité, c'est le courage et la force de ne déguiser ni les vices ni les vertus (ne r/uid falsi aucleat, ne quid veri non àudeat), il cite un certain nombre de passages de Velléius Paterculus et de Tacite qu'il oppose les uns aux autres pour donner à son lecteur « un exemple de cette partialité si indigne de la fidélité de l'histoire ». Il prend Tibère, Julius Blésus, Dolabella, Séjan, Drusus, et confronte les passages des deux historiens qui se rapportent à ces personnages en les présentant sous des aspects contraires. Et il finit en disant : (( De savoir lequel de ces deux auteurs est le plus véritable, si Velléius s'est abandonné aune honteuse adulation, ou si Tacite a écrit plutôt une satire qu'une histoire, c'est l'histoire même qui en doit décider K » Ce serait le cas de dire avec le poète :

La montagne en travail enfante une souris. 1. Hist. et Mémoires de l'Académie des Inscriptions, t. II.

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Au-dessus de ces membres de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres dont la fausse érudition condamne les travaux à loubli, on cite les noms de Du Cange, Henri. Adrien et Charles de Valois, Herbelot, Mabillon, celui « vers qui tous les yeux étaient tournés, mais qui ne levait jamais les siens », et on leur fait l'honneur de les considérer comme de vrais savants ; c'étaient des puits de science, nous le reconnaîtrons volontiers, mais ils se servaient mal de leurs richesses, car le sens critique leur fit défaut comme à tout le monde : or l'érudition sans la critique n'est qu'une arme de parade. Et comment la critique aurait-elle exercé son activité en un siècle où la tradition était en toutes choses maîtresse souveraine? Cela est tellement vrai qu'on jugeait les œuvres d'imagination d'après les règles et les principes, et à la discussion on substituait l'affirmation pure et simple : le P. Le Bossu dans son traité Du Poème épique expliquait l'art des poèmes d'Homère et de Virgile par les règles d'Aristote. La critique suppose la liberté de la pensée, et l'on sait que Bayle dut à la hardiesse de ses opinions philosophiques l'isolement où il vécut et les attaques qui le menacèrent plusieurs fois dans sa retraite. Comment s'étonner que tous ces travaux d'érudition présentent le même caractère, qui est précisément de n'en point avoir, et qu'ils ne nous offrent plus qu'un minime intérêt ? Souvent même, ils nous choquent en nous montrant les choses du passé sous un faux jour et en accommodant les mœurs antiques aux mœurs de la société moderne. Quand il s'agit des travaux d'ordre purement littéraire, qui ne tendaient qu'à faire sentir les beautés de style des écrivains anciens, ceux-là nous intéressent quelquefois par un côté qui leur donne un peu de vie : c'est que leurs auteurs en font des armes pour lutter contre les Modernes en rehaussant le mérite des Anciens. Les Remarques qui suivent la traduction d'Homère de M™*' Dacier sont une preuve entre beaucoup d'autres de cette constante préoccupation.

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Ces Remarques en effet ont 'pour but de justifier tout chez Homère ; M'"*^ Dacier dit elle-même dans sa Préface : « Je les ai (les deux poèmes) accompagnés de remarques qui pourront aider les lecteurs à démêler Tart du poète, et leur faire entrevoir les grands avantages qu'Homère a sur tous ceux qui l'ont suivi. » 11 ne lui suffisait pas de donner une traduction « qui pût faire revenir la plupart des gens du monde du préjugé désavantageux que leur ont donné des copies difformes qu'on en a faites ^ ». Car, comme elle le dit plus loin, « il n'est pas possible de rendre sensibles toutes ces différentes beautés par la seule traduction ; il est absolument nécessaire de l'accompagner des Remarques, et voici quelle a été ma vue dans ce second travail. Je n'ai jugé à propos de descendre que très rarement dans une critique de mots ; rien n'est plus sec, plus stérile, ni plus désagréable. A quoi bon remplir un livre de minuties de grammaire qu'on trouve partout ? Dans un poète comme Homère, où tout est grand, il n'y a rien de plus ennuyeux et de plus petit que de s'amuser à éplucher des lettres et des syllabes... 11 faut aller à ce qu'il y a de plus considérable et tâcher de montrer ce sublime et ce merveilleux qui partout régnent dans Homère. 11 faut justifier les éloges qu'Aristote lui a donnés, qu'il a excellé en tout sur les autres poètes et qu'il est divin auprès d'eux ' ». Et elle soutient" cette dernière qualification par un perpétuel rapprochement entre la poésie homérique et l'Ecriture sainte : « Quand on examine à fond les dogmes d'Homère et ses fictions, il n'est presque pas possible de douter que ce poète n'eût été instruit en Egypte de beaucoup de choses de la doctrine des Hébreux... C'est ce que j'ai fait voir dans mes Remarques '^. »

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