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piquer la curiosité, elles ont de plus le mérite d'êtres courtes... J'avoue pourtant qu'il y en a quelques-unes auxquelles il donne un peu plus d'étendue. Mais il ne se permet d'en user ainsi, que lorsqu'il y est contraint par la nécessité, ou engagé par l'agrément. Or ce qui dans les ouvrages d'esprit est nécessaire ou agréable, n'est jamais long K » Plus courtes que la première fois, elles ne le sont pas encore assez dans la dernière édition. Etait-il besoin en effet pour justifier ce mot de Démosthène (( qu'on n'entend qu'avec indignation quiconque se glorifie et se vante », de démontrer en cent douze lignes qu'il y a des circonstances où l'on peut avec succès être son propre panégyriste, et d'appuyer cette idée sur deux exemples empruntés à Tite Live et à Thucydide ? Cependant le style de ces Remarques gagne en netteté, en précision et en simplicité. Il est manifeste que Tourreil se préoccupe avant tout de se faire bien entendre et d'instruire par une diction claire et ferme, qui n'exclut pas une élégance correcte et de bon ton ; presque toutes les Remarques de la première édition sont abrégées et simplifiées dans la dernière. Il aurait pu les alléger encore en les débarrassant de ce trop-plein de citations dont il les a chargées et qui sentent un peu le collège. Voulant dire par exemple qu' « on croit communément que tout homme qui ne boit que de l'eau, soit poète, soit orateur, n'a que des pensées froides et n'imagine rien heureusement - », Tourreil cite quatre passages d'Horace. Pour prouver que (( les Grecs donnaient à chaque homme et même à chaque lieu un bon et un mauvais génie » et que « la même opinion régna parmi les Romains '^ », il invoque le témoignage d'Aulu-Gelle, de Virgile, de Térence, de Perse, de Velléius Paterculus, d'Ammien Marcellin, sans oublier le prophète Isaïe. Tout en reconnaissant volontiers que Tourreil cède moins à un senti-
".. Tourreil 1721 \ t. I. Prôfacc, p. xxxix. 2. Ihid., t. II, p. 358.
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ment de vanité qu'à un réel désir d'éclairer son lecteur, nous aimerions mieux qu'il eût retranché de son livre ces remarques oiseuses, ou qu'il les eût pour le moins réduites à leur j^lus simple expression. Il en est d'autres qui, pour mettre de la variété dans cet amas de notes, ne Jious semblent ni plus utiles ni plus intéressantes : que nous importe que l'exorde d'Eschine dans sa harangue contre Ctésiphon soit « dans toutes les règles de l'art », que « ceux qui nous ont tracé des règles sur l'éloquence exigent dans un exorde trois qualités, savoir : qu'il rende les auditeurs favorables, attentifs et dociles 1 »? Et pourquoi Tourreil se dépense-t-il en efforts pour prouver contre quelques rhéteurs que ce commencement, tout pathétique qu'il est, ne ressemble pas plus à une péroraison qu'à un exorde ? Mais nous goûterons mieux la note littéraire suivante qvii rend à une phrase d'Eschine sa finesse et sa portée : « Alais ainsi qu'à Vannée^ chacun de vous rougirait de quitter le poste où l'aurait placé le général,' c/u aujourd'hui chacun de vous rougisse d' abandonner dans le sein de la République le poste où la loi le place. Les orateurs anciens aimaient fort à se servir de cette comparaison, qui en effet a quelque cliose de noble et de grand. On la trouve fort souvent dans leurs ouvrages. Je me contenterai d'en rapporter un exemple magnifique, tiré d'une des lettres de l'empereur Julien... Mais on peut dire que cette comparaison n'a jamais été employée plus heureusement que par Eschine. Car outre qu'elle y conserve toute sa grandeur, elle a de plus comme deux faces; et au même temps qu'elle intéresse les Juges, elle pique vivement la poltronnerie de Démosthène, contre qui elle renferme un trait d'autant plus délicat et plus malin qu'il paraît plus éloigné de toute aflectation... ^ » Nous nous accommodons encore des notes où le traducteur, à l'occasion d'une expression pittoresque, la compare, par un rap-