Tourreil (1721), t. I, p. 2.Ô
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rigidité de notre orateur. Les adoucissements qu'elle lui suggère le font en apparence varier dans ses plans de réforme. Car après avoir détesté la dissipation des fonds de la guerre, il semble l'approuver lorsqu'il dit, qu'on ne peut mieux employer les revenus de l'Etat, qu'à nourrir les j)siuvres citoyens et qu'à les tirer d'une misère qui déshonore le gouvernement. Sa condescendance n'avait pour but que l'utilité commune. Il consent à cette sorte de distributions, pourvu que le citoyen qui les recevra, se range à son tour sous le drapeau, et qu'elles servent à soulager l'indigence, au lieu d'entretenir l'oisiveté. La République par ce moyen reprend beaucoup plus qu'elle ne donne. Elle forme des armées de véritables Athéniens, et congédie les étrangers : espèce de soldats, qui font de la gloire un métier sordide, et mettent comme à l'enchère leur haine et leur amitié K » Cette souplesse et cette habileté de l'orateur, aussi bien que la véhémence de sa parole, expliquent l'ascendant qu'il exerça, en dépit des circonstances et des passions conjurées, sur ses mobiles concitoyens. « Ce peuple léger, inégal, et sujet à punir ses fautes et ses négligences en la personne de ceux dont les projets ne manquaient de prospérer que par ses lenteurs continuelles dans l'exécution, absout Démosthène et le couronne au milieu d'une calamité publique, en un temps où l'événement, sur quoi d'ordinaire l'on juge l'auteur des conseils malheureux, l'accuse et le condamne. Après la perte d'une bataille hasardée sur sa parole, au moment que toute la ville, en deuil et dans la consternation, croit déjà voir à ses portes son vainqueur, et que les envieux de ce grand homme s'attendent que la populace en furie se jette sur lui pour le mettre en pièces ; Démosthène se voit comblé d'honneurs, et proclamé Père de la Patrie. Tant les Athéniens persuadés de sa capacité, de sa droiture et de son zèle, s'avouent à eux-mêmes leur tort de