Tourreil (1721 j, t. I, p
n'avoir ni entièrement ni assez tôt déféré à ses avis, et se reconnaissent seuls coupables de leurs disgrâces '. » Ainsi cet homme, avec son génie oratoire, « ne manquait d'aucun des talents propres pour le gouvernement. Ses harangues et l'histoire de son temps nous apprennent à quel point allaient sa vigilance et sa pénétration; sa justesse à mesurer, soit les forces qu'il avait en main, soit celles de l'ennemi ; son attention à observer les conjonctures ; sa promptitude à imaginer les précautions ; sa facilité à fournir les ressources ; en un mot tout ce qui compose le parfait politique ~ » . Tourreil achève ce portrait du grand citoyen athénien en rendant le plus bel hommage au suprême effort de son patriotisme et de son éloquence : « Sa dernière tentative pour affranchir les Grecs assujettis lui fait encore plus d'honneur que le reste. Ce n'est plus Philippe victorieux à Chéronée, devant qui tout plie dans Athènes, tout fléchit dans la Grèce, hors l'âme indomptable de Démosthène, c'est Alexandre, et Alexandre déjà triomphant en Asie, que cet insigne républicain veut chasser de l'Europe. Celui devant qui la terre se tait, ne peut imposer silence à un orateur 3. »
Voilà des jugements, et voilà des pages qui en disent assez sur la valeur de cette Préface historique, que Stiévenart, qu'on ne soupçonne pas de complaisance pour Tourreil, a déclaré être « le tableau le plus animé des révolutions de la Grèce ^ » . Faisons de suite la part des défauts, qui tiennent plus au temps qu'à l'auteur : quoi qu'il en dise, il donne trop d'étendue à la première partie, car tout ce qu'elle renferme n'est pas indispensable à la suite de son développement ; il se laisse encore influencer par l'opinion de Cicéron, qui faisait de l'histoire une province de l'éloquence, et il veut rester fidèle à la