Tourreil (1721), t. I, p. lix
Renaudot : « Je suis bien de votre avis que F Académie va être une chevalerie du bel esprit ; mais je ne crois pas qu'il suffise de la séparer en deux ; et outre la cong-régation des nobles et des artisans, il faudrait y mettre celle des ig-norants qui ne serait pas la moins nombreuse, et je vous dirais bien, si je l'osais, qui je mettrais à leur tête... ' » L'opinion du jeune comte n'était pas compromettante pour MM. de Tourreil et de la Louljère : celui-ci n'avait peut-être rien à perdre dans l'esprit de ses contemporains, et pour celui-là, le reproche d'ignorance était le dernier qu'on pût lui adresser. C'est à ce préceptorat de Tourreil que nous devons les Essais de Jurisprudence : nous ne les devons pas moins à la préoccupation de l'écrivain qui publia ses leçons en 1694 pour ne pas perdre le fruit de son travail. Pour faciliter à son élève les commencements de cette étude du droit, Tourreil « choisit les questions qui lui parurent les plus intéressantes, et pour faire passer l'instruction à la faveur du plaisir, il les traita d'une manière enjouée, qui n'avait rien de la sévérité de l'Ecole - ». Mais il paraît que l'élève alla plus vite que le maître, et, quoique Massieu ne le dise pas, il ne le prenait vraisemblablement pas au sérieux ; tandis que Tourreil s'elforçait de réaliser le vœu des Femmes savantes qui voulaient forcer leur notaire à faire un contrat dans le beau style, le jeune homme travailla de son côté et devint bientôt plus fort que son professeur. Mais celui-ci avait l'heureuse fortune d'ajouter une nouvelle œuvre à celles qui l'avaient déjà placé au premier plan des écrivains de son temps. Nous n'avons pas à peser ici la valeur juridique de ces Essais de Jurisprudence. Toutefois le simple bon sens nous permettra de dire qu'à côté de questions intéressantes, par exemple <( si la torture est une bonne voie pour découvrir les coupables » ou « si on a
1. Rouxel, Chronicfues des Élections ;i l' Académie française {I6']4-1S^1)^ Didot, Paris, 1886.