Tourreil 1721), t. I, p. xv
sagement aboli la loi qui tenait les femmes en tutelle toute leur vie », il en est d'autres subtiles ou vaines, comme celleci : « si un jug-e peut ordonner une demi-peine pour le crime dont il n'a qu'une demi-preuve ». Sans doute on n'en jugeait pas ainsi, puisque Massieu déclare que tout le monde convenait que la matière des Essais était excellente. La forme extérieure de cet ouvrage appelle seule notre attention. L'auteur était assurément animé des meilleures intentions : comme les matières du Digeste et du Code rebutent trop souvent la jeunesse par leur sécheresse et leur gravité, il voulut « faire entrevoir une Jurisprudence parée de quelques fleurs » ; car on ne peut, à son avis, « assez égayer les sciences nécessaires qui ont l'air ennuyeux ^ ». Le succès ne répondit pas à son attente : « Il ne faut pas dissimuler que l'Auteur n'en eut point d'abord toute la satisfaction qu'il s'en était promise. On convenait bien que la matière des Essais était excellente, mais on n'était pas content de la forme que M. de Tourreil lui avait donnée... - » Nicéron, dans ses Mémoires pour servit^ à l histoire des hommes illustres de la république des lettres (Paris, 1727-1745), a reproduit à la lettre ces paroles de Massieu. Tourreil, en cherchant à embellir cette science du droit, la rendit ridicule « dans ses habits de cérémonie '^ », Nous ne sommes pas moins surpris que les lecteurs du temps de l'entendre appeler un huissier <» un Monsieur Loyal », un exploit « un compliment timbré », un salaire « une reconnaissance monnoyée », un notaire « un confident du public, un de ces hommes établis pour traduire en jargon authentique les volontés des autres ». Il ne donnait pas seul dans ce travers. Molière n'avait corrigé que pour un temps la sottise des Précieuses ; et, comme le dit Nisard, « il en est des vieux ridicules comme des vieilles modes : en recommençant, ils