Ibid., p
empirent... Il semble qu en cet art puéril de ne rien dire comme les autres, les beaux esprits du xviii*' siècle aient renchéri sur ceux du xviT siècle. Ceux-ci ne cherchaient que le fin, ceux-là cherchent lénigme ' ». Massieu lui-même constate avec regret ce retour à la recherche du bel esprit : '< A quels excès ne se porte-t-on pas de nos jours ? Non seulement on veut nous arracher des mains les g'rands modèles que l'antiquité nous a laissés, mais on tâche encore de nous détourner des routes sûres que d'excellents écrivains nous ont tracées depuis cinquante ans. On commence à trouver que leurs ouvrages sont trop simples, trop uniformes, trop négligés. On abandonne les beautés naturelles qui faisaient tout l'objet de leurs soins, et Ton ne court qu'après des ornements recherchés... On ne veut plus rien dire qu'avec esprit. Autant de mots, autant de traits... Dans tous les ouvrages, de quelque nature qu'ils soient, et sur quelque matière qu'ils roulent, tout étincelle, tout pétille ■. » Il parlait le langage de la raison , et il est curieux de saisir dans ces paroles écrites vers 1 720 la trace de la réaction violente qui se produisait dans les lettres comme dans les mœurs et la politique contre les traditions du grand siècle. Ce fut alors le règne de la périphrase, « petit problème, dit M. Lanson •% qu'on offre à résoudre à l'intelligence du lecteur «>, et dans ce genre d'écrire dont la contagion gâta plus d un talent, Houdar de la Motte pouvait briguer l'honneur de la primauté. C'est lui qui faisait d'une haie c le suisse d'un jardin », de l'étude de la géographie « le voyage sédentaire », d'un prince flatté » l'hôte de la flatterie », d'un cadran « un greffier solaire », d'un vendeur d oiseaux « un marchand de ramages », d'une rave énorme " un phénomène potager », d'un renard qui moralise « un Pythagore à longue queue », des dégoûts du mariage « les
1. Nisard. Histoire de la Littérature française, t. IV. p. 63.