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de savoir « si Ion devrait punir les ingrats », et l'autre à celle de savoir « si l'on a sagement aboli la loi qui tenait les femmes en tutelle toute leur vie ». L'une et l'autre renferment les réflexions très judicieuses d un homme qui savait observer ses semblables, découvrir les secrets mouvements de lame humaine et analyser avec le plus grand sens ses faiblesses et ses erreurs. La dernière question est particulièrement fort curieuse : le féminisme le plus pur et le plus élevé s'y fait jour, et l'on croirait entendre, si cette langue du xvii'' siècle n'était là pour contrarier l'illusion, un homme d'aujourd'hui parlant pour la défense de la femme et pour l'extension de ses droits ', Si le jeune comte de Pontchartrain ne faisait pas
1. Quelque longue que soit la citation, nous ne résistons pas à l'envie de rappeler ici quelques passages de cette dernière question. " Elles n'ont à désirer que le pouvoir d'agir de leur propre mouvement et de se lier à leurs propies lumières. Celles que nous voulons absolument leur prêter ne sont pas moins sujettes à s'éteindre. Franchement nous nous vantrms d'une supélioritc d'esprit et de sagesse que nous n'avons point. Si l'esprit est quelquefois faible dans les femmes, en nous il est souvent faux. Leur raison ne sait pas trjujours les conduire; la notre ne sait que trop nous égarer. Il est rare que notre réputation ne perde beaucoup à subir un examen rigoureux. Il importe fort à la plupart de nos actions, je ne dis pas innocentes, mais glorieuses, que l'on n'en pénètre pas toujours la véritable cause. Le ressort secret qui nous remue ne ferait pas honneui" à nos mouvements. Ne nous flattons point, l'homme le plus sage a de mauvais intervalles ; il a de fréquents accès d'imprudence; en un mot, mille et mille endroits nous font paraître mineurs à tout âge, à tout moment. Avouons donc, que si les femmes méritent d'avoir un tuteur, nous ne méritons pas de l'être. Les reproches de fragilité que nous leur faisons, retombent sur nous. Il nous sied bien de reprocher des complaisances, que nos empressements, que nos import unités arrachent ; de ne point excuser les faiblesses que nous inspirons, et que les nôtres autorisent. Encore sommes-nous bien moins excusables que les femmes. Elles n'ont pour se défendre de la volupté ni les facilités ni les secours que nous avons. L'agitation où nous met. où nous tient le cours de nos différentes occupations, nous entraine le plus souvent avec une rapidité qui ne nous laisse pas le temps de nous arrêter aux plaisirs. Les plaisirs demandent du loisir ; les femmes en ont un continuel. Destinées par nous dès le berceau à l'inutilité, condamnées à la bagatelle, vouées à l'ignorance, elles n'ont d'autre consolation que l'amusement. Non qu'elles ne puissent avoir tous les talents propres pour les grands emplois et pour les hautes cntrejjrises. L'histoire sacrée et l'histoire profane en rendent comme à l'envi des témoignages éclatants. Judith. Esther, et tant d'autres nous apprennent que nous nous approprions à tort la science du gou\ernement ; que nous n'avons pas seuls en partage la prudence, l'intrépidité, la modération, la constance ; et que l'homme n'est pas toujours nécessaire aux grands événements... L'étrange bizai-rerie de chicaner tant les femmes sur le droit d'administrer leur bien, nous qui leur faisons si bon marché de
grande estime de la science de son maître en matière de jurisprudence, il eût été bien avisé, au moment où il allait se mêler aux hommes, de chercher dans ses leçons des vues intéressantes et neuves, des idées de sagesse, de justice et de modération : il avait tout à gagner dans le commerce d'une âme droite et généreuse comme celle de M. deTourreil.
Les meilleures pages de ces Essais nous laissent voir que l'écrivain, malgré sa préoccupation dominante de bien dire, ne perd pas toujours de vue la pensée qui est à la forme ce que l'âme est au corps quelle anime. Cependant les qualités
notre liberté. Ne nous accorderons-nous point avec nous-mêmes? Nous ne voulons pas les laisser maîtresses de leur conduite, pendant que nous les faisons souveraines de la nôtre. Nous nous ennuierions bien, si elles se dégoûtaient de nous gouverner. Les plus sensibles à la gloire de gagner des cœurs se défient trop de leurs propres charmes et vont jusqu'à vouloir partager avec des ornements étrangers l'honneur de la conquête. Mettrons-nous au nombre des crimes irrémissibles l'ambition qu'elles ont, et le soin qu'elles prennent de nous plaire? Ces ornements, ces bijoux mêmes, dont nous les accusons d'être idolâtres, s'ils sont l'idole des femmes, c'est une idole qu'elles ne font point scrupule de sacrifier à la République. La République au besoin retrouve en elles un zèle courageux et une tendresse mâle. Carthage les a vues non pas déranger, mais arracher leurs cheveux, ptnn' les mettre à des usages militaires, et pour remjilacer les cordes qui manquaient aux arcs des soldats. Les dames romaines donnèrent volontairement tous leurs atours, pour acquitter le vœu, que Camille avait fait à Apollon pendant le siège de Ve'ies. Dans une autre occasion, elles secoururent la République épuisée, et la mirent en état de racheter Rome des mains des Gaulois : libéralité qui leur acquit de la part du Sénat des actions de grâces, et le droit d'oraison funèbre dont il permit de les honorer après leur mort... Encore une fois, convenons d'une égalité qui se démontre par les notions les plus claires et par les plus incontestables maximes. Filles nous apprennent, ces maximes et ces notions, que les âmes n'ont point de sexe, que les âmes de semblable espèce ont des mouvements fort semblables ; que les principes communs de raison et d'équité portent partout d'égales dispositions aux mêmes vertus. Tous les temps aussi, tous les pays ont eu leurs héro'ines, comme leurs héros. Que l'on remonte dans les siècles passés, que l'on jjarcoure le nôtre, on y trouve un grand nombre de femmes illustres. Il en est, où les envieux, avec toutes leurs spéculations chagrines, ne découvrent qu'à peine quelque légère tache. Il en est, qui rassemblent une fermeté d'âme inébranlable, une bonté singulière, une prudence consommée, une piété solide, une foi vive sans superstition, une conscience timide et délicate sans faiblesse. Il en est. qui se font admirer dans tous les états ; malheureuses avec dignité, humbles et sages dans la plus haute fortiuie, affables sans art, modestes par goût, et bienfaisantes avec choix. Ce n'est là ni un portrait en idée, ni rou\ rage d'un pinceau flatteur. L'exjiérience nous fait encore \()ii" aujourtl'liui que Dieu, quand il lui |)laît, suscite des feumies fortes, pour être le modèle de leur siècle, et pour mériter ([u'en leur personne les grandeurs de la terre couronnent par avance les dons du Ciel. » (Tourreil (1721), t. I, p. 159-164.)
proprement extérieures de la plupart de ses écrits semblent être à ses yeux la condition première et essentielle de toute œuvre littéraire, et en cela il ne fait qu'obéir k la tendance du siècle. Ce principe ne s'étale nulle part plus complaisamment que dans les harangues prononcées par Tourreil au sein de l'Académie. Considérons et jugeons l'académicien.
Il tenait dignement sa place à l'Académie des Médailles. De Boze le représente comme un de ceux qui ont le plus contribué à l'édition donnée en 1702 de V Histoire du règne de Louis XIV \i'AV les médailles'. Il en fut récompensé par une augmentation considérable de la pension qu'il avait déjà en sa qualité d'académicien des Inscriptions et Belles-Lettres, et trois ans plus tard, en 1705, il reçut encore, pour prix de ses services, le titre de pensionnaire vétéran, en même temps que MM. Despréaux et de la Loubère. La même année les sieurs de Boze, Massieu, de Valois, Boivin le Cadet et Burette entrèrent comme élèves dans la petite Académie'^. Tourreil demanda ce titre de pensionnaire vétéran, nous dit de Boze, « pour se livrer plus absolument k sa traduction favorite, qu'il a retouchée jusqu'à la mort -^ ».
A l'Académie Française, Tourreil eut ses heures de gloire. Est-il vrai que le jour de sa réception ait marqué dans les fastes de 1 illustre Compagnie? Massieu dit bien que ce jour « fut si glorieux pour M. de Tourreil », et que dès lors « sa réputation alla toujours en augmentant » '\ Mais l'admiration de Massieu pour « le génie » de M. de Tourreil trompe souvent sa bonne foi. La harangue du nouvel élu res.semble à toutescelles des académiciens qui venaient prendre séance dans ce