Ihid., p. vu et viii
aug^uste Temple des Lettres : le récipiendaire donnait la plus avantageuse idée de son talent, s'il avait l'art de ne rien dire en termes amples et niagnili([ues. L'idéal du genre était bien ce fameux discours de réception de Jacques de Tourreil, dans lequel, dit Massieu, " son génie commence à se montrer dans toute son étendue, et qui eut un applaudissement universel » '. C'était le discours d'un académicien-né. Il ne contient à peu près rien, mais quelle suprême élégance ! quelle noblesse ! quel faste aristocratique ! Ce fut une fête pour les oreilles délicates de ceux qui siégeaient déjà dans l'immortalité. Jamais récipiendaire n'avait mieux justifié le choix qu'on avait fait de lui, par la forme exquise qu'il donnait à ses sentiments de reconnaissance et d'humilité : on n'avait jamais eu plus de grâce à se reconnaître le disciple « le plus sensible aux faveurs de tant d'illustres maîtres, le plus fidèle à leurs lois, le plus attentif à leurs exemples » '. Evoquer le souvenir du grand Armand, cet autre Mécène, qui rassembla les Muses dans ce Temple de gloire et d'immortalité, exalter le maître souverain dont la personne sacrée « ne laissait à ses sujets d'autre ennemi que son courage » ■^, là était la plus belle partie d'une harangue académique ; là aussi était Lécueil : Tourreil fut impeccable. On croyait alors, comme l'avait dit Chapelain, que l'éloquence parfaite est celle « qui sait donner un corps à ce qui n'en a point » ^ : rien ne s'y prêtait aussi bien que ces discours des récipiendaires, qui, sur une matière à peu près vide et cent fois rebattue, avaient le devoir d'être officiellement éloquents. Tourreil le fut, et à l'entière satisfaction de la docte Compagnie : dès ce jour il prenait rang parmi les premiers orateurs de la république des lettres.
De même aloi sont les deux discours qu'il prononça en qua-