Ibid., p. Liv
BIOGRAPHIE o3
C'est la naïve hyperbole d'un panégyriste. Cependant les qualités que Massieu et de Boze se plaisent à noter chez leur ilkistre contemporain, répondent en quelque manière à celles que l'antiquité admirait chez le vieux censeur romain. Mais ils omettent de voir ce que ces qualités ont parfois d'excessif; et cette exagération même, qui n'est pas sans déparer les plus belles vertus de Caton, en sorte que cette grande figure nous apparaît en même temps sous des traits un peu rébarbatifs, semble pareillement avoir accompagné les meilleurs sentiments et les plus louables actions de M. de Tourreil. Cette rudesse et cet emportement que lui reprochent les biographes, et dont il songea d'autant moins à se corriger, au dire de Vedrenne, qu'il prenait cela pour la véhémence oratoire et pour un excès de franchise, n'était-ce pas, comme chez Caton, un eifet de cette rigidité des mœurs et de cet amour du vrai qui lui faisaient « blâmer impitoyablement ce qui lui paraissait blâmable, et louer, même en public, et malgré les plus sévères défenses, ceux qui méritaient ses éloges ' » ? Ces saillies brusques, cette promptitude, ces réparties vives, sinon offensantes, qui n'allaient peut-être pas, quoi qu'en dise Larousse, jusqu'à la grossièreté, mais « qui allaient, de l'aveu même de De Boze, jusqu'à le rendre redoutable dans la conversation '^ », n'étaitce pas encore, sinon un défaut, du moins l'exagération d'une qualité? Il faut voir comment de Boze cherche à corriger la fâcheuse impression qu'il a pu donner du caractère de Tourreil. « Pour excuser auprès de lui un défaut, pour le réparer en quelque sorte, il suffisait presque de l'avouer. C'est de ce principe qu'il tire une nouvelle apologie pour Démosthène accusé d'avoir pris l'épouvante et d'avoir jeté son bouclier dans une déroute. // l'avoue lui-même, et dès là, dit-il, je l'absous; et lui rends d autant plus volontiers mon estime, qu'après la bravoure je ne sais rien de plus brave que l'aveu