Tliomas Sibilcl, Pnéliqnc clicz Corrozel, Paris
nationale : ils travaillent eux aussi à enrichir et à rendre plus souple cet instrument encore incomplet qui par malheur résiste plus d'une fois à leurs efforts. Il est certain par exemple que dans les chœurs des tragédies ils sont demeurés bien au-dessous de leurs modèles, et c'est là qu'on échoue encore bien souvent de nos jours. A vrai dire ces traducteurs ont-ils largement contribué à donner à la langue française cette ampleur, cette souplesse, cette flexibilité, cette élégance, dont ils ont fait en grande part le but de leurs patients travaux? Du Bellay ne le croit qu'à demi, car, d'après lui, la plupart des traductions de son temps prouvent que la langue française ne manque d'aucune de ces qualités dont on se flatte de l'orner. >< Notre langue n'a point eu à sa naissance les dieux et les astres si ennemis qu'elle ne puisse un jour parvenir au point d'excellence et de perfection aussi bien que les autres, entendu que toutes les sciences se peuvent fidèlement et co^iieusement traiter en icelle, comme on peut le voir en si grand nombre de livres grecs et latins, voire bien italiens, espagnols et autres, traduits en françois par maintes et excellentes plumes de notre temps ' . » Ce qui ne l'empêche pas de se contredire ailleurs en reconnaissant les services que peuvent rendre les traducteurs à la langue et aux lettres françaises ; et cette fois il a raison : les traducteurs sans doute n'ont pas plus enrichi la langue que ces fanatiques disciples et imitateurs de Ronsard qui <( pillèrent sans conscience les sacrés trésors de ce temple delphique » et « marchèrent courageusement vers cette superbe cité romaine, et des serves dépouilles d'elle ornèrent leurs temples et leurs autels - » ; mais ils ont eu toutefois, par cette lutte corps à corps avec les textes de l'antiquité, le mérite de donner plus d'aisance et de flexibilité à cette langue cjui ne demandait pour s'assouplir
1. .T. du Bellay, Défense et Hliislnilion de la langue françuise.