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TRADUCTEUR DE DÉMOSTHÉNE 71
qu'à être exercée et maniée ; ils en ont fait valoir les ressources naturelles ; par leur exemple enfin et par les qualités de leur style, ils ont éminemment aidé à la victoire du français sur le latin : notre lang^ue littéraire a donc envers eux une dette de reconnaissance.
Mais le défaut des traducteurs du xvi*" siècle est en même temps d'avoir vu dans l'interprétation des ouvragées de l'antiquité un exercice de stvle, un apprentissage du métier d'écrivain. Ils désiraient sans doute qu'on trouvât dans leurs versions, comme disait du Vair « les membres, les nerfs, la charneure entière ' » : ils découvraient et proclamaient les vrais principes de la traduction qui sont dans la fidélité au sens, dans Texactitude du fond et le respect de la forme ; mais pour ce qui est de la forme précisément, ils dévièrent trop souvent du droit chemin : s'ils s'attachèrent à la fidélité au sens, du moins ils péchèrent fréquemment contre la fidélité au style, car la préoccupation de bien dire les entraîna souvent trop loin. Etienne Dolet, dans sa Manière de bien traduire d'une langue en Vaultre (1S40), estimait qu'un traducteur ne devait pas s'asservir aux mots et aux tournures de l'original. « C'est superstition trop grande (dirai-je bêterie ou ignorance) de commencer sa traduction au commencement de la clausule ; mais si, l'ordre des mots perverti, tu exprimes l'intention de celuy que tu traduis, aulcun ne t'en peult reprendre -. » Et Dolet lui-même, sous prétexte de traduire, non seulement n'avait pas égard à l'ordre des mots, mais il paraphrasait et allongeait son texte. Amyot de son côté dit au lecteur, en tête des Vies illustres, que « l'office d'un propre traducteur ne gît pas seulement à rendre la pensée de son auteur, mais aussi à représenter aucunement et à adombrer la forme du style et manière d'iceluy -^ », et il ne se fait point faute égale-
1. Guillaume du Vair, Traduction de Démosthène et de Cicéron. Préface.
2. Etieune Dolet. Manière de bien traduire d'une lanyue en Vaultre.