‹ Jacques de TourreilChapitre 46 sur 153 · Amyot, Vies illustres. Préface · texte numérisé non relu

Amyot, Vies illustres. Préface

ment de paraphraser et d'allonger son texte. Mais on pardonne tout à un traducteur qui semble avoir composé d'original, qui fut un des ancêtres de nos grands prosateurs, qui pour nous, comme pour le bon roi Henri IV, « toujours nous soubrit de fraîche nouvelleté », et sur lequel enfin Montaigne a porté un jugement que la postérité a ratifié : (( Nous aultres ignorants estions perdus, si ce livre ne nous eust relevés du bourbier : sa mercy, nous osons à cett'heure et parler et escrire : les dames en régentent les maistres d'eschole ; c^est notre bréviaire '. » Les contemporains d'Amvot, traducteurs comme lui, avec le génie en moins, n'ont pas droit à la même indulgence.

11 en est toutefois, parmi ces traducteurs-interprètes du xvi** siècle, qui, soucieux de reproduire l'exacte physionomie de leurs modèles, tentèrent avec quelque succès de s'astreindre au double principe de la fidélité au sens et de la fidélité au style : Etienne de la Boétie, Guillaume du Vair, Biaise de Vigenère firent faire un réel progrès à l'art de la traduction. M. Egger dans son livre de L'Hellénisme en France, cite un passage de La Boétie « qui a traduit, dit M. Prévost-Pai"adol, avec une grâce digne d'Amyot, V Economique de Xénophon, la Mesnagerie comme il l'appelle d'un nom heureux et juste que nous aurions dû garder - ». Et M. Egger ajoute : « Je le demande, les sages préceptes de l'école socratique ont-ils perdu beaucoup de leur gracieux atticisme à passer ainsi dans notre langue ? Quelques retouches légères suffiraient pour que de telles pages fussent acceptées aujourd'hui de tout lecteur français. La phrase grecque de Xénophon a moins d'ampleur, une ampleur moins traînante, que la phrase de La Boétie ; elle se modèle sur la pensée avec plus de précision et de justesse. Mais quoi que l'on puisse désirer, à cet égard, sur le détail,

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