Voir Goujel, Bibliothèque française, t. I, p
matière : (( Quand je dis qu'il faut être fidèle dans la traduction, ma pensée n'est pas qu'il faille scrupuleusement s'assujettir à toutes les paroles de l'auteur que Ton traduit, et le traduire mot pour mot ; mais je dis qu'il suffit de le traduire sens pour sens ; c'est-à-dire qu'il suffit d'exprimer dans le français tout le sens qui est dans le grec, dans le latin, dans l'italien, etc. sans s'attacher servilement ni à l'ordre des mots, ni aux phrases qui sont propres et naturelles à chaque langue... Si l'on ne traduit que littéralement, l'on rend une traduction faible, basse et languissante : on la rend sans beauté, sans mouvement et sans vie; on ne la fait quasi ressembler à son original, (|ue comme un homme mort ressemble à un homme vivant... La clarté est encore une des principales qualités de la traduction. Il faut donc développer un peu les choses (|u'on traduit. Il faut exprimer dans le français ce qui n'est que sous-entendu dans l'original et dont l'expression sert ou à l'éclaircissement ou bien à l'ornement du discours ^. »
Tous les traducteurs du xyii"^ siècle ont chanté à peu près la même antienne dans leurs préfaces, car il faut noter le goût des préfaces chez les traducteurs. Ils se répétèrent les uns les autres, mais pouvaient-ils laisser échapper une si belle occasion de faire parade de leur style en multipliant les réflexions générales, les digressions savantes, les naïfs conseils, en cherchant à convaincre un lecteur convaincu d'avance avec tous les artifices d'une élégante et verbeuse phraséologie ?
Le principe de ces traducteurs indépendants était faux, et tel qu'il fut exposé par l'auteur si vanté des Belles Infidèles, il nous explique le sans-gêne et les prétentions de ces étranges interprètes qui se mettaient à la place d'un auteur en récrivant son ouvrage dans le style du xvei'^ siècle, et qui se donnaient comme des écrivains dignes d'être lus et admirés pour eux-