‹ Jacques de TourreilChapitre 55 sur 153 · Boileau, Le Trait'' <hi Sublime de Longin. Pi'éface · texte numérisé non relu

Boileau, Le Trait'' <hi Sublime de Longin. Pi'éface

principal mérite est moins d'avoir interprété à sa manière une œuvre qui était jusqu'alors à peu près inconnue, que d'avoir, par l'estime qu'il en fit, appelé l'attention des gens de lettres sur un auteur qui fui l'oracle du bon goût dans un siècle de décadence. Quoique sévère, le jugement que La Harpe a porté sur cet ouvrage de Boileau, nous semble être plus près de la vérité que celui d'Egger ; <( La traduction du Sublime par Boileau n'est pas digne de cet illustre auteur. Elle manque d'exactitude, de précision et d'élégance, et je n'ai pu en faire que peu d'usage '. »

La version que La Bruyère publia des Caractères de Théophraste obtint l'approbation des savants : Ménage la déclara bien belle et bien française '. Et cependant La Bruyère s'accorda lui aussi une honnête liberté : comme Boileau, il ne se fit point scrupule de retoucher un passage, d'ajouter ceci et de supprimer cela, par convenance ou par délicatesse. Il était apte, comme il dirait lui-même, à manier et rejnanier le texte, à en pénétrer le sens dans toute son étendue et dans toutes ses circonstances ; mais il se préoccupe médiocrement du détail, qu'il arrange à son gré, et il ne vise qu'à rendre la pensée de l'auteur dans ses traits essentiels. D'ailleurs cette traduction de Théophraste n'a été que le prétexte d'une étude nouvelle et originale. Ainsi La Bruyère ne méritait pas plus que Boileau d'être pris en exemple dans un genre qu'il n'a pas cultivé pour lui-même et avec toute la conscience et tout le désintéressement d'un fidèle interprète.

Il s'est rencontré en ce temps-là un vrai savant, et de tous les traducteurs du wii*" siècle, M""' Dacier a conservé jusqu'à nous la plus haute réputation. Ce n'est pas seulement que la faveur ait dû s'attacher nécessairement au nom d'une femme helléniste ; car n'est-ce point un prodige qu'une femme qui

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