‹ Jacques de TourreilChapitre 63 sur 153 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Sur quels textes Tourreil a travaillé, et comment il établit son texte.

Avant d'envisager Tourreil dans la pratique même de la traduction, ne convient-il pas de le suivre dans les multiples recherches et dons les travaux préparatoires auxquels il s'est livré pour établir son texte et pour donner une copie exacte de son modèle ?

Massieu ne s'est jamais posé la question de savoir sur quelle édition de Démosthène le traducteur avait travaillé, et s'il n'avait jamais suivi qu'un seul et même texte : il ne nous renseigne pas à cet égard. C'est d'ailleurs un souci qui préoccupait si peu les traducteurs du xvu'' siècle, que, pour traduire une œuvre grecque, ils recouraient généralement à une traduction latine.

Les éditions de Démosthène ne manquaient pas : au xvi^ siècle avaient paru successivement celle d'x\lde Manuce (1504), celle d'Herwagen (ou Hervagius) (1532), celle de J.- B. Feliciano (1543 à Venise) et réimprimée à Bâle (1547), celle de Paul Manuce (1554), celle de Paris commencée par Guillaume Morel et terminée par Lambin (1570), et enfin celle de Hieronymus ^^"olf(1572) comprenant texte, variantes, scoiies grecques, traduction latine, commentaire, plusieurs fois réimprimée : c'était la plus répandue au xvii'' siècle. Tout porte à croire que l'édition Wolf était celle que Tourreil suivait journellement. Il est certain qu'il l'avait eue en mains au cours de ses études, puisqu'il n'y en avait pas d'autre dans les collèges des Jésuites. D'ailleurs le texte en avait été soigneusement établi, et plus tard Heiske en faisait grande estime G. DuHAiN. — Jacques de Tourreil. 8

dans la préface latine de son édition de Démosthène. Elle avait l'avantage de présenter k la suite du texte le commentaire d'Ulpien, des corrections dOpsopœus, des notes de Budée, d'Erasme et d'autres savants, et enfin des notes de Wolf lui-même, dans lesquelles il enregistrait toutes les altérations et omissions commises dans les manuscrits et réparées d'après le manuscrit S de Paris ; elle se recommandait par le nom de son auteur, que Tourreil tenait pour le meilleur traducteur latin de Démosthène, et qu'il cite constamment dans ses Remarques, sans toutefois l'approuver toujours. Dans la préface qui précède les deux discours de la Couronne il dit : c< Je sais que Wolfius ne satisfait pas de tout point un critique de grande réputation (Henri Estienne) ; mais avec un autre critique non moins célèbre (Huet), quoique peut-être plus indulgent, je réponds qu'il faut présumer, que ce qui dans cet art manqua aux perfections d'un homme si docte, si profond, et qui l'avait cultivé tant d'années et avec tant de succès, manque nécessairement à l'esprit humain et ne peut s'acquérir^. » Il est permis de croire que Tourreil, pour faire sa première version de Démosthène, a suivi l'édition de Wolf, et celle-là seulement. Il lui arrive une fois, à la page 165 de sa première édition, à propos de l'expression xa- o-. 3o-/jai[7.£vot xpiaxôaiûi (voir Weil, Deuxième Olynfhienne, par. 29), de dire que (( tous les exemplaires ne s'accordent pas » et qu' « on lit tantôt -pKXY.baioi les trois cents, tantôt Tstpay.ôatoi les quatre cents » ; et il explique l'une et l'autre leçon k pour contenter tout le monde ». Mais il ne fait là que relever une note de Wolf qui corrige par le manuscrit S une altération des autres manuscrits.

Dans la seconde édition, deux fois le traducteur examine le mot du texte : voir d'abord dans Weil, Troisième Olynthienne, par. 31 : u Bz-qopi[U7. -£[j.'|g)7'.v » : la vulgate donne

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