Ibid., p
teurs anciens nient l'existence de la décadarchie. Y avait-il, comme on Fa pensé, des décadarques à la tête de chacun des quatre districts ou dans chacune des cités de la Thessalie, ou Démosthène ne s'est-il servi de ce mot osxaoapyuv, rappelant le régime imposé jadis par Lacédémone à un grand nombre de cités grecques, que pour désigner d'un terme plus familier à ses auditeurs un gouvernement oligarchique ? » Et adhuc sub judice lis est. Il n'en est pas moins très habile de la part de Tourreil de conclure que « ce n'est pas corriger Démosthène, mais expliquer Démosthène par Démosthène, et l'accorder avec lui-même ». Ce double exemple prouve seulement (jue deux fois Tourreil, dont le sens critique commençait à s'éveiller, eut l'idée de consulter une autorité ancienne, mais nous ne pouvons encore en déduire que le traducteur ait poussé plus loin la critique de son texte et qu'il ait eu recours aux diverses éditions précédemment parues.
Ce qui est très sensible, c'est que les corrections faites sur le texte, qu'il les reçoive d'un autre ou ne les doive qu'à luimême, sont beaucoup plus nombreuses pour ses dernières versions, et notamment pour les deux Discours de la Couronne, que pour les premières, même revues et améliorées. Les Remarques nous font voir très souvent qu'il ne s'en est pas tenu à une seule édition. Dans les cas difficiles il consulte toutes les éditions connues : ainsi en témoigne une note de la page o27 du second tome : « d'y acquérir des terres... » ; et mieux encore celle-ci, à la page o30 du même tome : « Il y a dans le grec, àTuoatîîXa', oi ■/.«', oMptx:. Ce passage est susceptible de plusieurs leçons et de plusieurs sens. Quant aux leçons, il en reçoit trois différentes. La première est swptiç qui se trouve et dans l'édition d'Hervage à Bàle en 1532, fort vantée par Erasme, et dairs deux manuscrits de la bibliothèque de Saint-Laurent à Florence. La seconde est ccopz'y.c qui se trouve dans l'édition de Bienné à Paris en 1570, dans celle de Marinus à Francfort en IGOi faite sous les yeux et
par les soins de Wolfms, et dans un manuscrit de la bibliothèque de Florence. La troisième est owp'.euj', qui se trouve dans l'édition des Junti à Florence, et dans l'édition de Paul Manuce à Venise en 1354... »
Il dut même consulter quelquefois les manviscrits de la Bibliothèque royale, comme semble le démontrer la note suivante (tome 11, page 327) : Et le droit de séance^ soit dans le corps du Sénat, soit dans l assemblée du peuple. Il y a dans le texte -0-'. Tav OôXov, -ov. Tàv (if^Xàv, axI tov 5a;j,sv, endroit le plus embarrassé et peut-être le plus difficile de toute cette harangue. On lit ce passage de trois manières, z;OiXov, -ov. fJÎAsv. et TZîx'. -y.'/ OiXsv. Chacune de ces trois leçons est fondée sur des manuscrits. Les plus anciens de la Bibliothèque royale ont 7:oOi/vOv. Si l'on s'attache à cette leçon, il faut dire que zc06Xov est doriquement pour ~pbq oXov, et que le sens est : que les Byzantins décernent aux Athéniens la préséance dans les spectacles -plq iXov in universuni, sur tous les spectateurs généralement. Ce qui suit, -o-\ xàv ^wXàv /.y.', tbv oaixov, est l'explication de r.pbq dX;v. Le décret après avoir dit, sur tous les spectateurs généralement, ajoute, sur le Sénat et sur le peuple. J'avoue que je ne suis point pour cette explicacation. Car j'ai peine à me persuader que les Byzantins eussent accordé dans leurs jeux la préséance aux Athéniens, même sur le Sénat en corps, sur tout le peuple assemblé. Il n'y a pas d'apparence selon moi que toute une nation se fût portée par une délibération publique à une flatterie si outrée. Dans la même bibliothèque du roi, le manuscrit 2188, fol. 86, porte m't f)iX;v. Et entre les lignes on voit ces mots écrits d'une main récente, « :cpbç tyjv OsXov. 'H K=.'{Z[j.irr, jTià, £v0a •/.5:0r,[j.£v:'. I'. -p'jxiyz'.c ». « Dans le lieu nommé 6iX:;, la voûte ; qui s'appelle encore 7-ox, la galerie, lieu où les magistrats s'assemblaient à Byzance. » Selon cette scholie, le sens est : que les Athéniens auront la préséance dans les assemblées du Sénat. Ce second sens me laisse le même scrupule que le pre-
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mier. D'ailleurs il est bien vrai que le lieu où les Prytanes mangeaient ensemble à Athènes s'appelait HÔKoq. Mais on ne trouve dans aucun endroit des auteurs anciens, si ce n'est dans celui-ci, que le lieu où les mag-istrats de Byzance s'assemblaient, eût aussi ce même nom. Cependant Lambin adopte ce sens. Car il traduit -z-\ -t/ OcXov, in Prytaneo. M. Van-Dale [Dissert, neuvième) est persuadé que le mot nOOOAON qui se trouve dans les plus anciens manuscrits est corrompu, et qu'il faut lire IIOHOAON. Comme ces deux mots se ressemblent fort, et ne diffèrent que par le jambage d'un delta, il a pu arriver fort aisément que les copistes aient substitué l'un pour l'autre ou même que le temps ait effacé le jambage. Ce savant homme Ut donc ttiOôsov, qu'il prétend être doriquement pour zpoaioov, accessum, aditum : et explique ainsi tout cet endroit : « Que les Byzantins décernent aux Athéniens la préséance dans les spectacles, le droit d'entrer dans les assemblées du Sénat et du peuple. Il confirme son explication par des inscriptions très anciennes, où l'on trouve ces mêmes mots, pris dans le même sens. Il faut convenir que cette conjecture est heureuse, et qu'elle a sur les autres explications l'avantage de présenter au moins un sens fort naturel, qui ne laisse aucune difficulté. » Cette leçon est en effet très heureuse et Weil l'a suivie. Rien ne nous interdit de croire que Tourreil ait connu et vu le manuscrit S.
Les exemples que nous venons de citer nous montrent que le traducteur, s'il recourt aux diverses éditions et aux manuscrits, s'adresse aussi, et fréquemment, aux scolies, aux notes critiques et aux commentaires des savants de l'antiquité et de la Renaissance : voici un nouvel exemple de la S*' édition encore plus concluant [t. Il, p. 52o et 326) : « ^4 clif en pleine assemblée ». 11 y a dans le grec h -soùJ.x. Grâce aux remarques lumineuses d'un savant de notre siècle, nous voyons clair dans quelques endroits obscurs de ce décret. Les inter-
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prêtes jusqu'ici nous payaient d'un latin plus énigmatique et moins intelligible c[ue le grec. Par exemple, Wolfîus lit ici sv T£aX''z et sans autre façon il traduit m Tealia., comme s'il y avait dans Byzance un lieu appelé de ce nom-là. J'aimerais autant à la manière de je ne sais quel homme qui ne voulut pas demeurer court, dire que le mot Nycticorax signifie en français Nycticorax. Lambin lui, des deux mots v/ et -zyXix n'en fait qu'un, Entealias, qu'il suppose être un nom d'homme, et dont il forme une filiation, exprimée par Entealite filius, fils d'Entealie : qu'on devine, si l'on peut. Ainsi avec le docte Van-Daleje crois (ju'il faut lire iv ty; yjj.x, in jtopuli conventii, dans une asseml)lée générale du peuple. Le mot âXîa, assemblée, est dérivé de celui iV x/Jlj^Byj., convenire, conffreffari, s'assembler, se rendre en un lieu, d'où se forme encore celui d'âXîîç, fréquentes, conferti^ rassemblés en grand nombre : âXî-^v i-î'-Y^^avrc, ils firent une assemblée, dit Hérodote. Il faut lire dans Hesychius a/,uv au lieu d'âXabv, èy.y.Xrjijiav. Lisez aussi dans une inscription rapportée par Gruter, p. cccci, eocçs rai àXr.at au lieu de raixXb'. Agrigentinorum , l'assemblée des Agrigentins a été d'avis. Au reste, quoique Van-Dale prétende qu'on doive lire àv la àXâ ou -yi àXiai, moi, sans pourtant rien dérober à l'honneur de cette heureuse correction, je me contenterais de diviser en trois le mot ivTsaXia et je lirais iv t3 âXu, non pas par envie de renchérir sur le correcteur primitif, mais par le simple désir de ne changer quoi que ce soit au texte. Or j'y parviens delà sorte ; car je sépare seulement ce (ju'un infidèle copiste avait joint. Les copistes étaient fort sujets à mettre l'enclitique -z au lieu de l'articleTY) ; substitution fréquente dans les meilleurs manuscrits, parce qu'un homme k qui l'on dicte, peut facilement confondre l'un avec l'autre. D'ailleurs ce zi pouvait être un idiotisme des Byzantins, qui, contre l'usage des autres Doriens, disaient xs au lieu de -.3.. Nous en avons la preuve dans le décret même dont il s'agit. Nous y voyons plus bas èv -t èXXac', au lieu de iv t^ ou Ta
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ïu.xo'., de quoi il faut s'étonner d'autant moins qu'anciennement la lettre s servait également soit à Ve long, soit kVt bref. Car selon la remarque de saint Jérôme [L. de nominihiis hehraicis) « Vr,-cot. n'est autre chose que l's'V.Xov allongé ; témoin les colonnes et les médailles, où nous lisons te pour ty;, et y.ht pour aHr, ». Si l'on ne tient pas compte des huit lignes que Tourreil consacre au mot àXia, inutiles et peu exactes (car, d'une part il ferait mieux de dériver âXîa et x/J- ^EcrOai de l'adjectif icK-qç, et non x/J.aei o(.\r,; de x/S^tuOcxi, et d'autre part il n'y a pas lieu de lire dans Hesychius àXav au lieu de âXf,a(3cv, ce dernier mot étant donné par Aristote dans sa Politique jdoui" désigner l'assemblée du peuple à Epidamne et à Tarente), on reconnaîtra que le traducteur fait preuve ici d'une grande sagacité et d'une réelle érudition. Le mot âXb a été adopté par Weil ; quant au mot ts, sur lequel Tourreil exerce son ingéniosité et son savoir, il est tout au moins de sa part l'objet d'une hypothèse habilement établie.
Ainsi, quand les éditions et les manuscrits ne le satisfont pas dans tous les cas, Tourreil emprunte les lumières d'Harpocration, de Maussac, de Melanchthon, de Scrimger, de Henri de Valois (Valesius), de \"an-Dale. Celui-ci par exemple, que, dans sa table des matières du second tome, il appelle « un des plus savants hommes de ces derniers temps » et qui (( a éclairé par des remarques très doctes et très judicieuses le décret des Byzantins * », lui fournit plusieurs corrections dont une vient d'être citée.
Tourreil fait plus encore : il risque parfois ses propres conjectures, et, à côté de quelques corrections maladroites, d'autres en revanche sont tout à fait heureuses. Il lui est arrivé de remplacer le nom de Cléophon par celui de Cléon, sous prétexte qu'il <( ne trouve nulle part dans l'histoire la moindre trace ni le plus léger vestige de ce Cléophon pré-