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CHAPITRE IV

Les trois versions de J. de Tourreil comparées entre elles: I. La première version. — II. La deuxième version. — 111, La troisième version. — IV. La troisième version de Tourreil comparée à celle de Maucroix. Une page de Démosthène traduite par Fénelon.

Comment Tourreil, mis en présence de Démosthène, secomporte-t-il à l'égard de son auteur ? En abordant l'examen des trois versions successives qui ont été publiées sous son nom, nous présenterons en même temps les préfaces écrites par le traducteur pour chacune des trois éditions : il importe de constater si ses actes ont toujours répondu à ses intentions, s'il donne toujours ce qu'il fait espérer, s'il fut vraiment dans l'exercice de son art ce qu'il était dans l'exposé de ses principes. Nous aurons soin, en outre, de noter les critiques qui ont suivi la publication des deux premières versions, pour voir s'il ny a pas là une cause importante de la curieuse évolution qui s'est faite dans la méthode du traducteur.

Pour comparer entre elles ces trois versions, nous avons choisi dans une œuvre aussi étendue ceux des morceaux qui de tout temps ont été signalés à l'admiration des lettrés, ceux que les historiens de la littérarure et les auteurs de traités de rhétorique citent ordinairement comme des modèles achevés. Notre examen s'exercera plus à l'aise sur des passages que tout le monde connaît et relit toujours avec un plaisir nouveau : ce parallèle n'y perdra pas en valeur ce qu'il peut y gagner en agrément.

Il ne convient pas, sans doute, de juxtaposer les trois interprétations d'un même passage et d'en marquer ensuite les ressemblances elles différences, les défauts elles mérites, les progrès successivement accomplis ; on ne compare guère trois

objets à la fois, ou du moins cela n'irait-il pas sans gêne et sans confusion. Un même passage emprunté à la Première Philippique nous servira à apprécier la version de 1691, puis celle de 1701. D'autre part, comme la différence s'accuse davantage entre la seconde et la troisième, et que le principal intérêt de cette étude porte sur les derniers progrès réalisés par le traducteur, nous mettrons en regard l'une de l'autre les versions de 1701 et de 1721, en prenant un morceau de la Deuxième Olijnthienne, et, pour rendre plus sensible la distance qui séj)are ces deux dernières éditions, à l'aide d'un autre exemple tiré de la Troisième Philippique, nous procéderons phrase par phrase k une minutieuse confrontation.

Ouvrons donc aux premières pages l'édition de 1691 : la lecture de la Préface nous fait voir que Tourreil en présentant son livre n'avait pas une juste conscience de ses devoirs de traducteur, car cette Préface n'est pas réellement un énoncé théorique et explicatif de son opinion et de sa méthode. Il se contente de dire à ses lecteurs qu'il a eu, « si l'on excepte la déférence servile, tout le respect d'un copiste pour son original ' ». On le devine, la fidélité, selon lui, ne devait pas le mener à l'esclavage, et la déférence ne résidait pas dans la servilité qui s'attache à la lettre. Et de cette liberté qui représente à ses yeux la véritable déférence « d'un copiste pour son original » il expose les raisons en trois pages où il mêle le faux et le vrai dans la trame élégante de son style. On n'accrédita jamais plus adroitement la paraphrase dans le domaine de la traduction. « Il (Démosthène) parle avec une telle impétuosité que sa langue ne peut pas suffire à son esprit, et ses paroles suspendues ne forment souvent avec toute leur énergie qu'uneébauche de sa pensée. Ainsi un attachement trop scru-

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