‹ Jacques de TourreilChapitre 72 sur 153 · Tourreil (1721), t. I, p. xxi · texte numérisé non relu

Tourreil (1721), t. I, p. xxi

de ces premières critiques adressées au traducteur : il n'y avait guère qu'un Huet, un Boivin, un Boileau, pour oser s'en prendre à une œuvre que tout le monde admirait ; encore durent-ils le faire d'une façon très discrète. En cela du reste Massieu est mauvais juge : il prononce après coup, à trente ans de distance, en homme qui embrasse à la fois le point de départ et le point d'arrivée, et qui, n'ayant peut-être pas une exacte notion de ce que doit être une véritable traduction, ne sait mieux faire, avec la parfaite loyauté qui le caractérise, que de répéter, sans les comprendre aussi bien que lui, les judicieuses critiques que Tourreil reconnaît, mais à la fin de sa carrière, avoir justement méritées ; et il est probable que ces critiques ne nous seraient point connues, si Tourreil n'eût pris soin de les noter dans ses Mémoires.

Celui-ci d'ailleurs avait pris les devants dans la préface de cette première édition et avait, pour ainsi dire, encouragé (( messieurs les Critiques » en protestant de son entière docilité. (( La juste soumission ne me coûte rien ; elle me plaît, je la chéris par un raffinement d'orgueil. La docilité bien réglée me parait l'unique voie, qui reste à l'homme naturellement fautif, pour arriver à la perfection, ou du moins pour en approcher... J'abjure promptement et sincèrement mes erreurs, dès que la vérité, de quelque part qu elle vienne, me les fait entrevoir... ' >^ Par un pressentiment qui lui fait honneur, Tourreil ne prévoyait-il pas qu'il se trouverait des gens pour blâmer les licences qu'il prenait avec son modèle, et qu'après cette première publication qui lui avait coûté bien des peines, il remettrait son œuvre sur le métier ? Chose plus singulière encore, une phrase de cette préface de la premièi-e édition semble nous dire qu'il préjugeait déjà qu'après s'être permis de refaire en orateur des harangues d'après Démosthène, il se résignerait par la suite à n'être plus qu'un interprète servile-

Page 1