Tourreil (1721), t. I. p
questions de forme : le grand travail de révision auquel il s'assujettit une première fois de 1691 à 1701 porta presque uniquement sur ce point : c'est en cela qu'il croyait donner des preuves de sa docilité. Ainsi d'Olivet nous rapporte que le jour où Tourreil s'attira chez Boileau à Auteuil la boutade de Racine, il consultait ses amis sur un passage qu'il avait traduit de cinq ou six manières ditïérentes '. Mais il ne semble pas qu'il ait saisi le sens du reproche adressé à l'ensemble de sa première version dans laquelle '< il s'était fait une manière qui ne ressemblait en rien à celle de l'orig-inal ^ ». Aussi reprit-il dans sa seconde préface les vues rpi il exposait en 1691 : il n'osait pas encore rompre avec toutes les habitudes de son siècle, et il aimait toujours mieux plaire «au gros du monde ». « Un ouvrage d'esprit fait moins fortune par les sujets qu il traite, que par son rapport à la manière de penser la plus commune \ » Il sacrifiera, sans doute, une fois de plus au goût des modernes, et cette fois encore il invoquera le patronage d'un ancien : « A l'égard du tour libre que j'ai pris, pour ne pas trahir mou auteur à force de fidélité, je suis sûr d'avoir en Cicéron un bon guide, mais je ne réponds pas de l'avoir bien suivie » Une si haute autorité ne lui suffisant pas, il en appelle à Sénèque pour nous convaincre qu un bon traducteur « se remplit et ne s'enivre point de son auteur ; qu il s'approprie en quelque façon ce qu'il emprunte ; qu'il se tient en garde contre la première idée qui le saisit et l'entraîne au point de lui faire agréer des termes si ressemblants à la lettre du texte, qu'ils en défigurent l'esprit ; et que, pour tout dire, esclave du sens, il se rend si bien maître de l'expression, que les pensées qu'il tire d une langue étrangère, paraissent conçues dans la nouvelle langue où il les transporte ' ».
1. Pellissoii cl d'Olivet. Histoire de l'Académie française édition Livet), t. II, p. 110.