‹ Jacques de TourreilChapitre 75 sur 153 · Ihid., p · texte numérisé non relu

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Partant de là, il insiste et il s'étend sur les raisons qui lui font une obligation des libertés qu'il s'octroie à l'égard de son modèle. Pourquoi donc consumerait-il son temps et ses efforts sur un travail aussi considérable, s'il n'avait l'espérance de trouver des lecteurs ? Comment trouverait-il des lecteurs, sil n'accommodait son Démosthène à leurs habitudes et à leur goût ? Fallait-il leiu' déplaire en les embarrassant « des sens suspendus et imparfaits » si fréquents chez l'orateur ancien ? « Cela répugne à nos manières, et ne convient pas à notre humeur. Ce qui nous demande beaucoup d'attention, court grand risque de ne pas lobtenir. Le Français dans un livre, comme ailleurs, prétend tout emporter d'emblée K » Tourreil voudrait nous faire croire que cette concision nerveuse et serrée « qui laisse beaucoup à sous-entendre », Démosthène la devait à Thucydide qu il transcrivit huit fois de sa propre main ; que les Athéniens « se piquaient d'entendre à demimot un orateur et voulaient que la subtilité de leur intelligence les mît en droit de partager la gloire de l'invention; et que, vifs, pénétrants, amateurs du sous-entendu, ils couraient audevant des pensées, et n'avaient pas toujours la patience d'attendre les paroles -. » Ce raisonnement ne saurait être pris au sérieux : Tourreil aurait dû plutôt faire remarquer que l'orateur n'avait pas le loisir de s'écouter parler, et que dans les luttes ardentes de la place publique le temps était compté aux harangueurs, comme il était mesuré par la clepsydre aux orateurs des tribunaux. Nous reprocherons à Tourreil de ne l'avoir point dit, d'autant plus qu'il distingue très nettement la langue écrite de la langue parlée, ce qui d'ailleurs n'implique pas pour le traducteur le droit de transformer des harangues prononcées à la tribune en oraisons savamment étudiées, élégamment écrites, où le sens ne laisse rien à deviner, où le lecteur, sans secousse et sans lassitude, suivra com-

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