‹ Jacques de TourreilChapitre 79 sur 153 · Tourreil (1721j, t. I, p. xxii · texte numérisé non relu

Tourreil (1721j, t. I, p. xxii

effet c'est un monstre qu'un homme démesurément grand et bouffi '. » Cette fois le critique allait trop loin : car ce qui était vrai encore de la seconde édition, ne l'était plus de la troisième que Tourreil préparait depuis plusieurs années ; et il est à supposer que Boileau connaissait quelque chose de cette œuvre nouvelle de l'infatigable traducteur.

Tourreil était mieux disposé que jamais à entendre la critique. « Persuadé qu'il ne pouvait être trop en garde contre les pièges qu'on tendait à son amour-propre, il laissa tomber les louanges, et ne songea qu'à recueillir les critiques, pour en faire dans la suite son profit. Car bien qu'il fût assez intraitable en apparence, jamais personne au fond ne joignit plus de docilité à plus de lumières, ne reconnut plus sincèrement ses fautes, et ne se porta avec plus de résolution à refondre ses ouvrages-. » C'est qu'il s'était choisi des amis parmi les plus fervents admirateurs des anciens et qu'il fut à leurs côtés le spectateur judicieux de cette grande bataille qui, apaisée, mais non éteinte, par la réconciliation de Boileau et de Perrault, tenait toujours les esprits divisés, jusqu'à ce qu'elle se rallumât avec violence entre La Motte et M""*" Dacier. Moderne par éducation, moderne par tempérament, il devint ancien par son long commerce avec les écrivains de la Grèce et de Rome, il le devint au contact de ceux qui les défendaient, il le devint par raison ; et il ne fut pas assurément sans remarquer que du côté du plus petit nombre étaient les hommes les mieux armés, ceux mêmes qui par leurs propres ouvrages pouvaient fournir des armes à leurs adversaires. Admis dans l'intimité des Huet, des Boivin, des Boileau, de ceux qui connaissaient le mieux les lettres grecques et latines, gagné par ses chères études qui lui découvraient chaque jour les richesses de l'antiquité, gagné aussi par son modèle, qui était sa vie, si bien qu'en le comprenant et l'aimant toujours davantage il devait par degrés

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