‹ Jacques de TourreilChapitre 81 sur 153 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

TRADIXTEUR DE DÉMOSTHÈNE 145

Loin de présenter l'image qu'elle promet, elle peint moitié de fantaisie, moitié d'après un original ; d'où se forme je ne sais quoi de monstrueux, qui n'est ni original ni copie. Cependant un traducteur n'est proprement qu'un peintre qui s'assujettit à copier. Or, tout copiste, qui dérange seulement les traits, ou qui les façonne à sa mode, commet une infidélité. Il pèche dans le principe, et va contre son propre plan, faute de se souvenir qu'il a tout fait, s'il attrape la ressemblance, et qu'il ne fait rien, s'il la manque. Moi donc, comme simple traducteur, j'ai mon modèle, et je ne puis assez m'y conformer. Que j'étende ou que j'amplifie ce qu'il serre ou ce qu'il abrège, que je le charge d'ornements lorsqu'il se néglige, que j'en ternisse les beautés, ou que j'en couvre les défauts, qu'enfin le caractère de mon auteur, quel qu'il soit, ne se retrouve point dans les paroles que je lui prête : ce n'est plus lui, c'est moi que je présente ; je trompe sous le nom de truchement ; je ne traduis point, je produis '. » Très franchement cette fois, Tourreil se considère et se donne, il le dit, comme un simple traducteur : qu'il lui soit pénible de quitter le noble rôle d'auteur pour ne jouer qu'un humble personnage, c'est tant pis pour son amour-propre, et c'est tant mieux jjour sa réputation ; il fera loyalement ce sacrifice à la justice et à la vérité, et il finira sa carrière littéraire par où d'autres la commencent, plus louable assurément de s'effacer derrière son auteur, que d'entrer en lice avec lui pour lui ravir la moitié d'une gloire qui ne se partage pas. Traducteur soumis, fidèle, scrupuleux, il n'aura qu'une crainte, celle de laisser entrevoir quelque chose de sa personne dans l'œuvre antique qui passera par ses mains. (( La première obligation d'un traducteur, c'est donc de bien prendre le génie et le caractère de l'auteur qu'il veut traduire ; de se transformer en lui le plus qu'il peut ; de se revêtir des sentiments et des pas-

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