Tourreil (1721 . I. II. p
G. DiH.\ix. — Jacques de Tourreil.
sions, qu'il s'oblige à nous transmettre ; de réprimer dans son cœur cette complaisance intérieure, qui ne cesse de nous ramener à nous, et qui au lieu de nous faire à l'image des autres, les fait à la nôtre ; en un mot, de retracer avec le même agrément et la même force les tours et les figures de l'original... ' » Voilà une déclaration de principes de tous points irréprochable. Trouverions-nous même quelque chose à redire à ceci? (( Si notre langue, trop gênée jDar l'assujettissement au parfait rappoit des figures et des tours, ne peut fournir le nécessaire pour cela, on doit s'alfranchir d'une pareille servitude, et se permettre toutes les libertés qui nous procurent de quoi payer en équivalents -. » 11 est des cas en effet où le traducteur ne saurait mieux agir, et cette liberté, que la nécessité lui commande, est moins une liberté qu'une obligation, la première obligation étant pour qui écrit d'écrire en français. De tous ceux, traducteurs ou critiques des xvii'' et xvui'' siècles, qui ont disserté sur l'art de bien traduire, en est-il un autre qui ait entrevu aussi bien que Tourreil la méthode correcte, probe et rigoureuse mise en honneur et pratiquée de notre temps? M. Artaud dans la préface de sa traduction de Sophocle ne définit guère avec plus d'exactitude et plus d'autorité les devoirs d'un véritable interprète.
Donc cette dernière préface de Tourreil nous donne les meilleures espérances, et, si nous en croyons Massieu, le traducteur a tenu sa promesse : « Il se renferme dans les bornes de la traduction la plus sévère. 11 s'attache exactement à son texte, sans jamais se permettre ni retranchement, ni addition. Fidèle partout au sens, il ne l'est guère moins à la lettre ; il s'en approche le plus près qu'il peut, et ne manque point d'en prendre les tours, les figures, le nombre même et la cadence, toutes les fois que le génie de notre langue le com-