Tourreil 1721, t. I, p. xxni et xxiv
2. Nous donnons en italiques les endroits où Tourreil pèche par addition, par amplification, par altération et par substitution.
JACQUES DE TOURRIilL
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alliés; qu'il en fait présent aux Olynthiens, et nchèle ainsi ù nos ilépens ralliance ({uo nous avions rrjt'lée, fjuoiquellc iit'ùt d'aulro inconvénient que de ne lui point convenir. Je trouve qu'il vient de se concilier les Thessaliens par la promesse de leur i-endre Magnésie et d'épouser leur querelle contre les Phocéens. Enfin il a généralement trompé tous ceux qui ont eu le malheur de traiter avec lui. Autrefois qu'on ne le connaissait point, il lui était bien facile de s'agrandir. Le perfide sous les apparences d'un roi bienfaisant et serourahle se jouait impunément de la simplicité des (irecs. Il n'avait qu'à parler pour séduire et pour avoir des alliés. Mais aujourd'hui que tout le monde le reconnaît pour un homme c/ui ne perd jamais de vue son intérêt et ne cesse d'y tout rapporter ; il n'est pas possible, vous le verrez, que ceux qui jusqu'ici ont avec le plus d'ardeur contribué à son élévation dans l'espérance qu'il agirait pour eux à son tour, ne soient eux-mêmes les premiers à détruire leur ouvrage.
en leur promettant de leur livrer Magnésie, et en se chargeant de soutenir pour eux la guerre de la Phocide. En un mot quiconque eut jamais affaire à ce fourbe, en éprouva la perfidie, et nul ne s'en sauva. Car ce n'est qu'à force de séduire éternellement, et de suborner chacun de ceux qui ne le connaissaientpas encore, qu'il s'est accru à tel point. Comme donc tandis que chacun d'eux pensait tirer du séducteur quelque utilité particulière, il est monté par cette sorte de voie à la grandeur; il en doit aussi par les mêmes voies redescendre, après que par expérience chacun d'eux a reconnu qu'il rapporte tout à sa propre utilité.
7'.v, -q (oç 0'. -apà tyjv aJT'T)v x^ixv otoyj/M[j.v/o'. StT'xKO'. vijv ojy. zv
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Voilà, Messieurs, au vrai, l'état Voilà, Messieurs, en quels
présent de Philippe. Je /ec/tse^ye /e termes se trouve présentement maintiens, et quiconque ose en dis- Philippe. Si j'impose, s'avance qui
convenir, n a qu a me prouver, ou plutôt à vous, de deux choses l'une, ou que les faits que j'ai avancés sont faux, ou bien que les peuples qui ont éprouvé sa mauvaise foi prendront toujours en lui la même confiance, et que les Thessaliens qu'il a perfidement asservis ne regrettent point leur liberté.
N'allez pas au moins vous figurer, Messieurs, que Philippe, tout maitre qu'il est de quelques villes,
voudra, et qu'il me démontre, ou plutôt à vous, qu'en ce point j'accuse faux; ou que les gens qu'au commencement il a séduits, continueront de placer en lui leur confiance; ou que les Thessaliens indignement asservis ne recouvreraient pas volontiers leur liberté. Que si là-dessus quelqu'un de vous pense comme moi, mais juge néanmoins que Philippe pour avoir su par provision saisir et des
et de quelques ports en Thessalie postes et des ports et divers
y puisse maintenir par la violence une domination plahlie par l'artifice. Ces peuples qui ne rappelèrent que pour les délivrer de la tyrannie, souffrent encore plus impatiemment celle quil exerce sur eux.
Car on se ligue à dessein d'avoir un ami, et un défenseur, non en vue de se donner un maître. Tant
autres avantages semblables, est en état de se maintenir par la force ; quiconque raisonne de la sorte, se trompe. En effet, tandis que dans le cours d'une guerre la bienveillance lie, et que l'intérêt commun anime un corps de confédérés; tous en ce cas veulent bien concourir de leur travail, et
que l'intérêt et la foi réciproques supporter ensemble les disgrâces, serrent les liens de la confédéra- et persévérer dans l'union. Mais tion (ju'ils ont formée, (7ia(^ue co/i- aussitôt qu'un d'eux, comme Phi-
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7piv(j) 8k çwpàTa', y.al r.zpl autà y.a-rappcT. "QaTCîp yip sV/ia;, sî:;j,a',. y.xi -Aoi2'J v.at T(T)v àXXwv xwv tci:'jto)v tx y.aTWÔsv ((j'/upÔTai' slvai Ssî, oJT(') y.a'i T(ov TzpiziMv xàç ctpyj^: y-oi-'. xi; uTToOéffsiç àAr^ôcfç /.ai
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oDxo ô ojy. îvi vjv îv toi; T.n:pix'([).iwoiq
fédéré à l'eiivi s' efforce de concourir au bien de la cause commune.
Chacun avec joie partage la peine,
lippe, soit par une ambition démesurée, soit par scélératesse, veut s'élever sur les autres; tout se
le danger, la dépense ; e( loin i/ue délie au premier prétexte, tout se
cet esprit d'union s'altère ou se refroidisse Jamais, il se conserve et se ranime dans la disgrâce. Mais au contraire (juand Tun des confédérés devenu trop puissant veut, comme Philippe, dominer sur les autres et les sacrifier à son ambition ou à son avarice, le jouy volontaire que Vaillance avait imposé s'appesantit alors et devient insujtportable. Les plus modérés et les plus patients le secourent ; tout se délie au premier prétexte, tout se rompt au moindre revers. — Oui, Messieurs, oui, la grandeur bâtie sur les injustices, sur les infidélités, sur les parjures man(/ue par les fondements, et ainsi ne saurait être durable. Elle peut imposer aux lieux par des dehors <jui promettent, et se soutenir quelque temps comme par miracle; mais î\ la fin elle se dément de nécessité, et il faut absolument qu'elle s'écroule et qu'elle s'abatte. Je crois, Messieurs, et Je ne me trompe pas, que comme tout édifice demande des fondements solides, toute action aussi doit avoir pour base la justice et la bonne foi. Vous prévenez l'application, (Tourreil, 1701, copie de 1707. Première Olynthienne, p. 29.)
rompt au moindre revers. Car il ne se peut, non il ne se peut, Messieurs, qu'un injuste, qu'un parjure, qu'un imposteur, possède une puissance dune longue durée.
Tels empires peuvent bien pour une fois ou pour un temps se soutenir; et, quand la fortune les favorise, être florissants en belles espérances ; mais enfin leur constitution les trahit, et ils tombent d'eux-mêmes. Car, à mon avis, comme les maisons et les vaisseaux, et les autres ouvrages de cette nature, doivent avoir pour fondements des pierres solides ; ainsi les actions doivent avoir pour principe et pour base la justice et la vérité. Or c'est là précisément ce qui manque aux actions de Philippe. (Tourreil, 1721, Première Oli/nlhienne, t. I, p. 304 et 305.)
TRADUCTEUR DE DÉMOSTHÈNE ISl
2° Troisième PhiUppique (Weil, 1881, p. 332-337 ; Tourreil (1721), t. I, p. 391-493. — Id. (1701, copie de 1707), p. 141-144).
(1701). — Que maïKjue-t-il à Tindignité avec laquelle il vous traite?
(1721). — Que manque-t^il néanmoins à l'indignité avec laquelle il vous traite ? N'est-elle pas montée au comble ?
Toiirreil a refait sa phrase pour rétablir deux mots qu'il avait nég'lig'és : xaiic. qu'il traduit par « néanmoins », et ï^'/ivr^c, dont il fait une proposition nouvelle, « n'est-elle pas montée au comble? ». Mais, pour être plus fidèle, la seconde traduction ne vaut guère mieux que la première : l'une était déjà trop longue, l'autre l'est beaucoup plus. Nous constatons déjà, et l'occasion s'en renouvellera fréquemment, que si Tourreil vise à plus d'exactitude, il ne renonce pas aux abus de la phraséologie : il lui faut six mots pour rendre jtjpôwç, que du reste il interprète assez mal, car j^pi; marque l'outrage : c'est là un délayage qui n'aboutit qu'à affaiblir la valeur de ce terme. Un traducteur moderne dit plus simplement et plus énergiquement : " Est-il un outrage, le dernier des outrages, qu'il nous ait épargné ' ? »
oj "pbç T(o Tzokziq àvY;p"/]/,£vai tîOyjîi [xèv -.y. ll'J6',x, tov Y.ovf'ov twv EXav^vwv k^(iù-ict^ y.y.^ cthvjq [ay; "apYj, toÙç ccûXouç y.^(hy40^î.vri<so^-:7.z
Tus'tJ.Tuei ;
(1701). — Non content d'avoir saccagé nos villes, il s'arroge le droit de présider aux jeux Pythiques, jeux destinés aux seuls exercices et aux seuls plaisirs des Grecs ; et quand il ne daigne pas y venir, ses esclaves par son ordre le représentent et nous président.
(1721). — Non content d'avoir détruit nos villes, il préside aux Jeux Pythiques, ces jeux communs à tous les Grecs ; et s'il n'y assiste pas en personne, il y envoie ses esclaves y présider à sa place.
1. Dolluur, llist. de la LUI. r/ /-l'c*/ lU' (Delagrave, Paris, 1884), p. i34.
Tourreil est satisfait de l'expression « non content de », que remplacerait si bien la tournure plus simple et non moins française « outre que » ; mais au verbe « saccagée » qui disait plus que le grec, et trop par conséquent, il substitue avec raison « détruit » ; il ell'ace avantageusement le « il s'arroge le droit » que le texte n'indique aucunement ; le commentaire explicatif auquel il s'était livré en parlant des jeux, il le ramène au simple mot à mot; l'intention qu'il attribuait à Philippe en disant « quand il ne daigne pas y venir », intention que le roi de Macédoine n'avait peut-être pas, il la fait disparaître et traduit en revanche le mot ajTsç qu'il avait omis ; il retranche enfin « par son ordre » et « le représentent », comme termes de pure paraphrase. Il y a là un progrès évident. Cependant Tourreil a le tort dans l'un et l'autre cas de supprimer la tournure interrogative ; faute plus grave, quand dans sa version de 1701, il rétablit cette tournure pour les phrases suivantes, il l'abandonne tout au long en 1721 et traduit froidement sous la forme directe les questions dont l'orateur presse éloquemment son auditoire. Ne semble-t-il pas que Démosthène veuille dire : « Qu'on vienne le nier ! » Donc ce qu'il y a d'agressif dans sa parole se perd dans la retouche malheureuse du traducteur.
y.'js'.o; oï Ilj>,(T»v -/.yÀ twv ï~i 'obç EXXvjvaç ■Tcxpicwv èstI, y.x: çppoupalç y.al ;£V3i: toù^ zir.ouq to'jtcuç y.xTéyti;
[ilOi). — N'est-il pas maitre des Thermopyles et des autres passages delà Grèce ? ÎS'occupe-t-il pas ces divers postes ? N'y tient-il pas garnison macédonienne ?
(1721). — Il occupe les Thermopyles et toutes les avet^uesde la Grèce '. Il s'y maintient par des garnisons et par des troupes étrangères.
1. Nous soulignerons dans ce passage delà Troisième Philippique toutes les expressions et les mots que Stiévenart nous semble avoir empruntés à Tourreil, et principalement à sa dernière version. Stiév. : « maître des Thermopyles et de toutes les avenues de la Grèce », p. 112.
Le sens d'hostilité marqué par la préposition èzi (à-î. -oùç 'EXXïjvaç) échappe les deux fois au traducteur. Mais à part la correction maladroite faite sur le mot -/.ùpioç — car « il occupe » n'a pas la valeur de « n'est-il pas maître », expression directement correspondante à celle du texte — la deuxième manière présente une plus grande exactitude: pour traduire la seconde partie de la phrase grecque il faut d'abord à Tourreil deux propositions, et cependant le sens n'est pas complet : le mot « ^svotç » avait disparu. Mais ensuite, de deux propositions il ne fait qu'une, qui a de plus le mérite de rendre çsvotç aussi bien que ^pcupatç. Quant à la substitution de « il s'y maintient » à « n'occupe-t-il pas », qui est exactement l'équivalent de xa-éyst, illa fait, en s'exagérant l'importance du mot grec, pour en exprimer le sens avec plus de force et de précision, /.aTà marquant l'idée de durée que le verbe « occuper » comporte lui-même suffisamment.
iy^zi Ss y.X', tyjv T:pc[j.avT£iav ~o\j Hzou, "KocpMaaç ''fi\J.aq /.al WsTtaAoùç ■Axl \u)p'Aoiq y.aî, toùç «XXouç ''A[j/^iy.TÙzvxç, tjç 0'j3à ~oiq "EXXY;5t.v
(1701). — Ne s'est-il pas mis en possession ' de consulter le premier l'oracle au préjudice des Athéniens, des Thessaliens, des Doriens et de tous les autres qui composent l'Assemblée des Amphictyons, oîi l'on n'a pas même accordé droit de séance à divers peuples de la Grèce?
(1721). — 11 a usurpé la prérogative de consulter avant qui que ce soit l'oracle de Delphes, après nous en avoir dépouillés, et nous, et les Thessaliens, et les Doriens, et les autres Amphictyons ; prérogative que tous les Grecs mêmes ne partagent pas -.
Que de mots pour rendre lyet, si court, si simple, et pourtant si expressif ! On ne gagnera rien au changement : Tourreil n'est guère la dernière fois plus bref et plus exact ; disons
1. Stiévenart : « N'est-il pas en possession de... », p. 112.
2. Stiévenart : « Cette prérogative que tous les Grecs mêmes ne partagent point », p. J 12.
mieux, il renchérit encore sur lidée de prise de possession que le verbe 'éyrei ne comporte pas du tout. « Avant qui que ce soit » a la prétentipn de dire plus que « le premier » et ne fait qu'étendre la phrase. Corriger « loracle » par « l'oracle de Delphes », c'est vouloir préciser sans raison, puisque le texte dit simplement (( l'oracle du dieu » . <( Au préjudice de » a l'avantage d'être une locution très française, et en même temps courte et vive, mais elle rend mal l'idée d'exclusion violente qu'éveille Tîapwtîa;, et le « après en avoir dépouillé », moins flatteur sans doute, traduit plus littéralement et plus fidèlement : le mot << déloger » convenait ici mieux que tout autre. « Et tous les autres qui composent l'Assemblée des Amphictyons » n'est qu'un commentaire oiseux, tandis que M les autres Amphictyons » représente les trois mots grecs et rien de plus. Enfin dans la proposition incidente qui termine la phrase de l'orateur, Tourreil commettait primitivement un véritable contresens, car il s'agit ici du droit de consulter le premier l'oracle, et non du droit de séance ; mais il s'amende et rend à la proposition la simplicité et l'exactitude qu elle n'avait pas.
Ppoccpet QÏ WsTxaXoîç ov ypr; ipirov -iXiteJeo-Oa'. ; 7:é;j.7Cti oè
Tcjç § èt: Ùpe'o^, xijpavvîv 'î'ù'.TTÎor^v /,aTaff-r,aovTaç ;
(1701j. — N'a-t-il pas prescrit aux Thessaliens de quelle manière il veut que leurs villes se gouvernent ? N'envoie-t-il pas des troupes étrangères à Porthmus pour en chasser les Erythréens, et à Orée j)Our mettre cette ville sous le joug- du tyran Philistide?
(1721). — Il prescrit aux Thessaliens de quelle façon ils doivent se gouverner. 11 envoie des milices étrangères et à Porthmos pour en chasser les Erétriens, et à Orée pour l'asservir au tyran Philistide.
Les inexactitudes et les superfluités de la seconde traduction disparaissent en grande partie dans la troisième : Tourreil faisait de -(px^oei un passé, il en fait un présent ; il rejette
les mots « veut » et « villes », car l'un prétait au texte l'idée d'une intention qui n'y est pas, et l'autre n'était qu'une addition sans valeur. Il s'était mépris sur l'orthographe de « 'Eps-cp'iwv », dont il faisait les Érvthréens : toutefois on ne peut inférer de là qu'il ait pris la ville d'Erythres en Béotie ou en lonie pour celle d'Erétrie en Eubée, car le nom de Porthmos, port de lEubée, joint à celui de cette ville mal nommée, rendait impossible toute confusion : il rectifie donc aisément son erreur, appelant 'EpîTpiiOjv les Erétriens. Il est plus regrettable qu il nait point saisi la valeur et le sens du mot S^[j,ov qu il néglige d'ailleurs absolument, et qui a toute l'importance, vu qu il désigne ici très précisément le parti démocratique. L'amour du changement lui fait mettre « milices étrangères » à la place de « troupes étrangères » , ce qui ne change rien et même ne signitie pas grand'chose ; il oubliait le mot propre et net de « soldats mercenaires ». « L'asservir » au lieu de <( mettre cette ville sous le joug », deux mots pour huit, c'est une retouche heureuse, mais il est fâcheux que ni l'une ni l'autre de ces deux manières ne soient exactes, car le participe y.x-rajTYiTCVTx; n'a pas d'autre sens ici que celui de « mettre en fonctions ».
'AXa' 'c;;.w; TajO' ipwvTsç o': 'E'/Xçn; àvé/ovTa'., -/.x'. tôv ajxbv TpSTïCv oi'jzzp T-^v yi'Kx'Cx-f qxo'.y- ocy.oOs', fizMptv^^ t'j'/b[j.v/o\ [ir, y.aO' àa'jTijç ë/.a7TCi vivs^^a'., /.o/a'jî'.v o cjoî't^ iûiyeipCy/.
(1701). — Les Grecs voient tout cela, ils le souffrent en spectateurs immobiles, et tels que les gens qui regardent tomber la grêle. Chacun fait des vœux pour soi, et chacun en demeure là.
(1721]. — Cependant les Grecs qui voient tout cela, le tolèrent, et me paraissent ressembler à ces hommes qui avec de grands yeux regardent loml)Pr la grêle. Chacun par ses vœux lâche de Véloigner de dessus ses lèvres ', nul ne fait aucun effort pour la détourner.
1. Stiévenart : " Et comme un homme qui regarde avec de grands yeux tomber la grêle... pour dclourner l'ennemi de dessus ses terres... », p. 112.
Ici encore les corrections doivent être interprétées dans le vrai sens du mot : la dernière version élimine ce qui est en trop, par exemple « en spectateurs immobiles » ; elle rétablit ce qui manquait, comme les mots 'i[j.wç et ooxouai, ainsi que toute la proposition « [j,y; y,aO' sauioùç iy.aa-ot '^e.'^é<7f)ai » dont le « pour soi » ne peut être l'équivalent ; elle rend avec plus de franchise et d'exactitude le « y.o)Xûc',v o'ojosiç krLiyvpwv », que l'expression « en demeure là » ne traduisait pas ; mais est-il besoin de cinq mots pour donner au verbe ôeojpsïv toute sa valeur et le distinguer du verbe opav ? S'il est bien vrai que Oswpeîv marque une contemplation béate, regarder, qui dit plus que voir, ne dit-il pas assez? N'importe : il faut savoir gré au traducteur de sa plus grande précision ou du moins de l'intention qu'il a de se faire plus précis.
Où [j,6vov â' èç'oTç Ti 'EX/vàç û^p'-ÇsTai ùtc' aùtou oùâsiç àii-ûvexai, àXX'oùS' ÙTuèp fov a'jTOç exastoç àcixsïTai' touto y^P ^i^'O Tolia/atov
eanv.
(1701). — Ces insensibles aux injures de la Grèce le sont encore à leurs propres injures. La vengeance ne les remue pas plus que la pitié. Tout leur est étranger jusqu'à eux-mêmes; et voilà le dernier excès de la nonchalance et de Vinsensihililé ^ .
(1721). — Bien plus, non seulement personne ne venge les injures de la Grèce, mais personne même ne venge ses propres injures. Car voilà le comble de notre honte.
Il y a un abîme entre ces deux manières de traiter la phrase grecque : l'une est du paraphraseur qui répète trois fois la même idée, et toujours, avouons-le, avec un plus grand bonheur ; l'autre est du traducteur qui se préoccupe seulement de calquer son modèle en toute fidélité. Il est vrai cependant qu'il ne conclut guère mieux la troisième fois que la seconde : de deux mots superflus il retranche l'un et garde l'autre,
] . Stiévenart : « Et c'est là le dernier degré de linsensibilité », p. 112.
quand il eût mieux fait de les abandonner tous les deux, et de dire tout uniment comme le texte : (( voilà qui est le comble ! »
O'j Kopivôi'wv k~ A[j,êpaxiav èX'i^XuOs xal A£'j'/,dcoa ; oùx A^auTiv
Nau':rzxTOv o[ji,(iJ[xo'/,îv A'itwAoTç TïczpacwffSiv ; oltyl 0'/)6aîo)V Eyjvov àîîïjp-^Tat, xai vliv eirl BuÇaviiouç TropeûsTai o-u[;-[ji.a)(ouç cvTaç ;
(1701). — Philippe n'a-t-il pas envahi sur les Corinthiens les villes d'Ambracie et de Leucade ? N'avait-il pas juré solennellement de remettre entre les mains des Etoliens Naupacte, qu'il avait prise sur les Achaïens ? N'a-t-il pas enlevé Echine aux Thébains ? N'est-il pas actuellement en marche contre les Byzantins, vos alliés ?
(1721). — N'a-t-il pas envahi sur les Corinlliiens Ainhracie et Leucade *"! N'a-t-il pas juré solennellement de livrer aux Etoliens Naupacte, qu'il avait enlevée aux Achaïens ^ .^N'a-t-il pas ravi Echine aux Thébains? Ne marciie-t-il pas actuellement contre les Byzantins, alliés de qui ? de nous.
La principale amélioration que Tourreil apporte à sa version primitive, consiste à l'abréger : il remplace une expression double par un mot unique sans diminution du sens, et il met (« Ambracie et Leucade » pour « les villes d'Ambracie et de Leucade », (( livrer » pour (( remettre entre les mains », « ne marche-t-il pas » pour « n'est-il pas en marche » : c'est bien. Mais il y avait mieux à faire : c'était de remettre en tête de ces propositions interrogatives le nom des Corinthiens, des Achéens, des Thébains, propriétaires d'Ambracie, de Leucade, de Naupacte et d'Echiné : il importait de conserver dans la copie le mouvement de l'original. Que n'a-t-il préféré « tomber sur » à « envahir » ? C'était plus simple et plus exact. En substituant « n'a-t-il pas juré » à « n'avait-il pas juré », il avait raison, car il s'agit d'un fait qui a eu lieu et dont les effets subsistent ; mais alors il devait compléter sa
1. Stiévenart : « Siu- les Corinthiens n'a-t-il pas envalii Ambracie et Leucade "^ », p. 112.
2. Stiévenart: « Naupacte n'a-t-elle pas été enlevée aux Achéens? », p. 112.
correction en remplaçant « qu'il avait prise sur les Achaïens » par « qu'il a enlevée aux Achaïens » : il eût bien établi le rapport de simultanéité qui existe entre les deux faits ; il devait enfin biffer « solennellement » qui ajoute à la phrase cinq syllabes inutiles. Un traducteur fidèle dirait aujourd'hui en laissant chaque terme à sa place : « Naupacte, propriété des Achéens, n'a-t-il pas juré de la livrer aux Etoliens ? » Quant à l'expression (ju[j.;j.à7C'j; Bv-aç, elle commande l'attention et par sa place dans la phrase et par l'attribution qu'il convient d'en faire : Tourreil traduit la première fois : « les Byzantins, vos alliés » ; puis comprenant que la place de ces deux mots marque justement ce qu'il y a de dangereux pour Athènes dans cet acte de Philippe, dans l'hypothèse que Gui).'^.iyouq cvca; désigne les alliés d'Athènes, il veut mettre en relief ces deux mots si simples et si expressifs, que l'orateur devait à coup sûr souligner de la voix, et il dit : « les Byzantins, alliés de qui? de nous ». Mais il tombe dans l'excès ; il sort du naturel qui est le propre de Démosthène. Il reste à savoir si Tourreil a compris le a'j[j.[;.a)fcuç cvxaç : il s'est trompé apparemment, et avec lui Stiévenart, car la Troisième Philippique est de 341 et l'alliance d'Athènes avec Byzance est de 340. Depuis longtemps Byzance était brouillée avec Athènes et par conséquent alliée de son ennemi, Philippe. La phrase elle-même semble prouver qu'il s'agit des alliés de Philippe, Philippe étant sujet de r.opzùe-M. D'ailleurs, ce sens qu'ont adopté la plupart des éditeurs et des traducteurs, n'a pas une moindre valeur que celui de Tourreil : le fait d'attaquer ses propres alliés n'est-il pas une preuve de la mauvaise foi de ce perfide personnage? On a cru enfin qu'à cause de -/.al qui relie les deux propositions de la phrase interrogative, il s'agissait des alliés des Thébains *. Mais rien n'est moins certain que cette alliance. Le plus naturel est donc, comme le dit Weil,
1. \'air édition Lemaiii {Sepl Pliilippiques de Démosth.), p. 216, note 7.
de sous-entendre ajTw avec aDiJ.\j.iyouq zvzicq, «jtw représentant le sujet dé TrcpejsTai, c'est-à-dire Philippe '.
O'j'/ -^[j-wv, à'T) xaXXa, àAXà Xsppov/jaou xr^v ijl£y^'3'Xy;v l'y si tto/vIv KapSiav ;
(1701). — N'en disons pas davantage. Il est encore maître de Cardie, cette puissante ville de la Chersonèse.
(1721). — Je supprime le reste '^. Mais en ce moment même, n'ost-il pas maître de Cardie, la principale ville de la Chersonèse ?
Ce qui manque le plus aux deux versions de Tourreil est le « O'J-/ r,\).M'i >» qui continue le mouvement marqué précédemment par les mots K^ptvOiwv, 'A-/au7>v, ©-^êaiojv, et BuÇav- -louç. Pourtant n'est-il pas aisé de dire : « Et nous, si je passe tout le reste, n'occupe-t-il pas notre ville de Cardia, la plus grande de la Chersonèse ? » « Je supprime le reste » est évidemment plus court que « n'en disons pas davantage » ; il est en outre très ferme d'expression. Très soucieux de ne rien omettre, le traducteur rétablit la seconde fois l'adverbe xù.x, qui a son importance, car Démosthène ne veut plus continuer cette énumération des félonies et des perfidies de Philippe, et il en cite une dernière qui touche de plus près ses auditeurs. Cet outrage doit leur être d'autant plus sensible qu'il se rapporte au temps présent : aussi Tourreil juge-t-il bon d'ajouter « en ce moment même », quoique le présent ïyei marque déjà l'idée de présent. Enfin, <( la principale ville de la Chersonèse » rend mieux que « cette puissante ville de la Chersonèse » la valeur réelle du superlatif.
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1. Weil dit, p. 3.3 i, en note : « Comparer Couronne, par. 87 : raosXOwv £::t